

La Banque d’Angleterre a adressé une mise en garde majeure sur les risques liés à un assouplissement des réglementations envisagées sur les stablecoins, soulignant que cela pourrait compromettre la stabilité financière et déclencher une contraction du crédit dans le secteur bancaire britannique. Près de 85 % des prêts à la consommation et immobiliers au Royaume-Uni sont accordés par les banques traditionnelles. Face à cet enjeu, les autorités de régulation expriment une inquiétude croissante : la progression incontrôlée des actifs numériques comme les stablecoins pourrait détourner des dépôts bancaires essentiels, obligeant les établissements à limiter leur capacité de prêt.
Sarah Breeden, sous-gouverneure, a souligné que le Royaume-Uni est confronté à des risques spécifiques, différents de ceux des États-Unis, dans son processus d’intégration des stablecoins à son architecture financière. Devant la presse, Breeden a précisé que les autorités britanniques doivent gérer ces risques avec prudence lors de l’introduction de cette nouvelle forme de monnaie numérique au sein du système financier. Cette vigilance témoigne de l’engagement de la Banque d’Angleterre à conjuguer innovation dans les actifs numériques et impératif de stabilité financière et de protection des consommateurs.
Le cadre réglementaire en préparation constitue une réponse globale aux défis inédits posés par les stablecoins tout en encourageant une innovation responsable. Le document de consultation de la Banque détaille des mesures visant à prévenir les risques systémiques, telles qu’un plafond temporaire de détention de 20 000 £ par utilisateur individuel et de 10 millions £ pour les entreprises. Par ailleurs, les émetteurs de stablecoins devront conserver 40 % de leurs réserves sur des comptes non rémunérés à la banque centrale, afin d’assurer la stabilité et la liquidité du système.
Les mesures réglementaires proposées font l’objet d’un débat nourri parmi les acteurs des services financiers et de la communauté crypto, quant à leur efficacité à prévenir ou à provoquer une contraction du crédit. Sarah Breeden a justifié l’instauration de plafonds de détention en s’appuyant sur des précédents, notamment le décrochage de l’USDC consécutif à la faillite de la Silicon Valley Bank, qui avait immobilisé près de 3,3 milliards de dollars de réserves de Circle. Cet épisode met en lumière les risques concrets liés à la concentration des réserves de stablecoins dans des établissements fragiles.
Les responsables de la Banque d’Angleterre redoutent qu’un transfert massif de dépôts bancaires vers les stablecoins ne réduise sensiblement la capacité de prêt des banques, entraînant une contraction du crédit, une hausse des coûts d’emprunt et un ralentissement de l’économie. Le gouverneur Andrew Bailey a alerté sur le fait que de tels retraits de dépôts pourraient provoquer une chute brutale de l’offre de crédit aussi bien pour les entreprises que pour les ménages, avec de graves répercussions sur l’activité et l’emploi.
La proposition actuelle constitue un assouplissement par rapport au plan initial de 2023, qui aurait imposé aux émetteurs de stablecoins de placer la totalité de leurs réserves à la Banque d’Angleterre. L’industrie crypto considère toutefois que le dispositif reste excessivement restrictif et pourrait entraver l’innovation. Un dirigeant d’une grande plateforme a ainsi dénoncé ces plafonds comme néfastes pour les épargnants, la City de Londres et la livre sterling, en soulignant qu’aucune autre grande juridiction n’a instauré de telles limites pour les stablecoins.
Les organisations professionnelles évoquent également des obstacles pratiques à la mise en œuvre, s’interrogeant sur la faisabilité d’un contrôle efficace sans dispositifs de suivi en temps réel ni infrastructure complète d’identification numérique. Pour Simon Jennings, président du UK Cryptoasset Business Council, ce type de plafond est inapplicable en pratique, et des approches alternatives seraient plus adaptées au développement du marché tout en restant moins contraignantes.
L’initiative de consultation de la Banque d’Angleterre intervient à un moment déterminant, alors que le Royaume-Uni ambitionne de devenir une référence mondiale en matière de régulation des stablecoins, tout en restant dans la course avec les autres grandes juridictions, en particulier les États-Unis. Début 2025, le président Donald Trump a promulgué le GENIUS Act, instaurant un cadre fédéral pour les stablecoins sans plafonds de détention, offrant ainsi un environnement perçu comme plus favorable à l’innovation selon certains acteurs du secteur. Sarah Breeden a précisé que le Royaume-Uni progresse à un rythme similaire et entend finaliser son propre dispositif réglementaire complet d’ici 2026.
Le système à deux niveaux proposé prévoit que la Banque d’Angleterre supervise les stablecoins de paiement à portée systémique, susceptibles de menacer la stabilité financière, tandis que la Financial Conduct Authority aura la charge des stablecoins non systémiques majoritairement utilisés pour le trading. Cette organisation permet un contrôle différencié selon le poids et l’importance systémique de chaque type d’opération. Les émetteurs relevant de ce cadre devront déposer une partie de leurs réserves auprès de la banque centrale, le solde pouvant être investi dans des titres publics à court terme pour générer un rendement, ce qui assure un équilibre dans la gestion des réserves.
Cette démarche traduit l’intérêt croissant des autorités pour la technologie blockchain et la modernisation du système financier. La chancelière Rachel Reeves et le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, ont convenu de renforcer la coopération transatlantique en matière de supervision des crypto-actifs, reconnaissant le caractère mondial de ces marchés et la nécessité d’actions réglementaires coordonnées. Londres a également lancé un Digital Securities Sandbox où des institutions majeures, dont HSBC, une grande banque d’investissement américaine, et le London Stock Exchange Group, prévoient d’émettre des stablecoins réglementés et des versions numériques d’obligations d’État.
Malgré ces efforts coordonnés, des divergences importantes subsistent entre la Banque d’Angleterre et le Trésor concernant le niveau de rigueur réglementaire approprié. Le chef de Reform UK, Nigel Farage, a publiquement critiqué les plafonds proposés, promettant de ramener la taxe sur les plus-values crypto à 10 % et d’instaurer une réserve de 5 milliards de livres en Bitcoin si son parti accède au pouvoir. Ces tensions illustrent la difficulté à trouver un équilibre entre innovation, protection des consommateurs et stabilité financière dans un environnement numérique en mutation rapide.
Le marché mondial des stablecoins a franchi le cap des 312 milliards de dollars, dominé par les jetons adossés au dollar de Tether et Circle. À l’inverse, les stablecoins en livre sterling restent marginaux, avec une circulation inférieure à 600 000 £. Malgré leur faible présence sur le marché britannique, les régulateurs estiment que les stablecoins pourraient rapidement jouer un rôle majeur dans les paiements domestiques et internationaux dès lors qu’un cadre réglementaire solide sera en place et que la confiance du marché s’installera. La réussite de la mise en œuvre d’un cadre robuste pourrait faire du Royaume-Uni une destination de choix pour les émetteurs de stablecoins en quête de clarté réglementaire et d’accès à un centre financier d’envergure.
Un stablecoin est une cryptomonnaie dont la valeur est stabilisée en étant adossée à un actif tel que le dollar américain. Contrairement aux cryptomonnaies classiques, soumises à une forte volatilité, les stablecoins offrent une stabilité de prix, ce qui les rend plus adaptés aux transactions et à la conservation de valeur.
La Banque d’Angleterre estime qu’une régulation insuffisante des stablecoins pourrait mettre en péril la stabilité financière et réduire l’accès au crédit. Des règles trop permissives favoriseraient un endettement excessif et saperaient la confiance dans le système financier, risquant ainsi de provoquer une contraction du crédit. La BoE impose donc des plafonds de détention et des exigences de réserves strictes pour prévenir tout risque systémique.
Les stablecoins doivent être adossés à des réserves à hauteur de 1:1 sous strict contrôle réglementaire. Les exigences majeures comprennent la détention d’actifs hautement liquides, des audits réguliers des réserves, des normes de capital claires et des dispositifs de contrôle des risques. Les cadres réglementaires privilégient la transparence totale des actifs, la vérification indépendante et l’interdiction de pratiques spéculatives pour garantir la stabilité financière et la protection des utilisateurs.
Des stablecoins mal encadrés présentent un risque de crise systémique, menacent la souveraineté monétaire et pourraient fragmenter la régulation financière. L’absence de supervision peut déstabiliser les marchés et miner la confiance des investisseurs dans le système financier.
Les grandes banques centrales comme la Réserve fédérale et la BCE considèrent les stablecoins comme des actifs numériques en évolution nécessitant une régulation stricte. Elles soutiennent les stablecoins bien encadrés, assortis de protections adéquates pour les utilisateurs, tout en privilégiant les monnaies numériques de banque centrale et le maintien de la stabilité par des cadres réglementaires clairs.
Les stablecoins constituent des instruments de paiement et de réserve de valeur à faible volatilité, facilitant des transactions rapides. Ils réduisent les frais et délais de transaction, tout en améliorant l’efficacité des paiements internationaux et l’accessibilité financière dans l’écosystème crypto.
Le cadre réglementaire de la Banque d’Angleterre pour les stablecoins privilégie la transparence, la sécurité et la conformité. Il cible la lutte contre le blanchiment, la fraude financière, la protection des utilisateurs et la stabilité du marché grâce à des standards opérationnels rigoureux.
L’adoption massive des stablecoins risquerait de réduire les dépôts bancaires, notamment à vue, car ces actifs ne sont pas rémunérés. Cela affaiblirait les sources de profit traditionnelles des banques, les contraignant à adapter leur modèle économique pour rester compétitives.











