

Au Canada, le cadre réglementaire principal des actifs numériques repose sur les réglementations provinciales régissant les valeurs mobilières et les dérivés. À cela s’ajoutent les lois fédérales de lutte contre le blanchiment d’argent, qui obligent certaines plateformes d’échange et services de transfert de cryptomonnaies à s’enregistrer comme entreprises de services monétaires (ESM).
La réglementation des valeurs mobilières au Canada encadre la distribution et la négociation de valeurs mobilières et de dérivés. Elle impose des exigences concernant les prospectus, l’enregistrement des courtiers et des conseillers, ainsi que les règles applicables aux marchés et plateformes de négociation. Les Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM), qui regroupent les régulateurs provinciaux et territoriaux, ont publié plusieurs lignes directrices pour accompagner l’évolution du marché crypto. Les ACVM et l’Organisme canadien de réglementation des investissements (OCRI) ont notamment clarifié l’application des réglementations existantes aux crypto-actifs, posant ainsi un cadre global pour les acteurs du marché.
Les actifs numériques comme Bitcoin et Ethereum ne sont généralement pas qualifiés de valeurs mobilières. Toutefois, si un actif numérique répond aux critères d’un contrat d’investissement, il entre dans le champ de la réglementation des valeurs mobilières. Les ACVM privilégient une approche fondée sur la substance économique de l’actif plutôt que sur sa forme, ce qui leur permet d’adapter la réglementation aux nouveaux types d’actifs numériques et aux innovations de marché.
Les plateformes de négociation crypto peuvent également relever des lois sur les valeurs mobilières, surtout si elles offrent un droit contractuel sur l’actif plutôt qu’une propriété directe. Les plateformes facilitant l’achat, la vente, le transfert ou l’échange de monnaies virtuelles peuvent nécessiter une reconnaissance comme bourse de valeurs mobilières ou de dérivés, selon la nature de leurs activités.
Les émetteurs ou distributeurs de monnaies virtuelles considérées comme des valeurs mobilières doivent respecter les exigences relatives au prospectus ou utiliser les exemptions applicables. Ces exigences visent à garantir la protection des investisseurs et l’intégrité du marché crypto.
Le Canada a récemment intensifié sa réglementation pour répondre à l’essor du marché des cryptomonnaies. Parmi les principales évolutions :
18 janvier 2024 : Les ACVM ont proposé de nouvelles règles pour les fonds d’investissement publics exposés aux crypto-actifs, limitant la gestion des cryptomonnaies afin d’assurer une meilleure protection des investisseurs et la stabilité des marchés.
19 janvier 2024 : Des règles complémentaires ont été proposées par les ACVM pour préciser et réduire les risques liés aux fonds publics investis en crypto, établissant des lignes directrices opérationnelles plus claires.
12 février 2024 : L’Alberta Utilities Commission a infligé une amende de plus de 240 000 $ à une société énergétique pour exploitation non autorisée d’un générateur au gaz naturel, illustrant l’intersection entre réglementation énergétique et minage.
5 avril 2024 : Une grande plateforme internationale d’échange crypto s’est enregistrée comme courtier restreint auprès des ACVM, devenant la première plateforme majeure à obtenir ce statut au Canada. Ce jalon souligne l’engagement canadien à attirer des acteurs crypto réglementés.
17 avril 2024 : Le gouvernement fédéral a introduit des mesures pour tracer les transactions en cryptomonnaies et permettre à l’Agence du revenu du Canada de sanctionner les manquements de déclaration, renforçant ainsi la conformité fiscale et la lutte contre le blanchiment.
18 avril 2024 : Le Canada a annoncé l’adoption d’ici 2026 du Crypto-Asset Reporting Framework international, imposant de nouvelles obligations de reporting aux prestataires de services crypto pour plus de transparence et de conformité sectorielle.
Ces avancées réglementaires illustrent l’engagement du Canada à concilier innovation et protection des investisseurs dans le secteur des cryptomonnaies.
La réglementation canadienne des cryptomonnaies s’articule autour de plusieurs domaines clés constituant un écosystème de contrôle global.
Émission d’actifs virtuels : Lorsqu’une monnaie virtuelle est considérée comme valeur mobilière ou dérivé, son émission ou sa distribution publique doit respecter des exigences strictes en matière de prospectus ou d’exemptions (placements privés, etc.). La Norme canadienne 45-106 encadre la levée de capitaux tout en protégeant les investisseurs. Les sociétés émettrices de titres adossés à des crypto-actifs doivent évaluer soigneusement le champ d’application réglementaire et s’y conformer.
Courtiers et plateformes d’échange : Les acteurs négociant, conseillant ou opérant sur des valeurs mobilières ou dérivés doivent s’enregistrer comme courtiers ou conseillers. Cette obligation s’étend aux entreprises traitant des monnaies virtuelles si l’activité relève du commerce de valeurs mobilières ou dérivés. Les plateformes facilitant l’achat, le transfert ou l’échange de monnaies virtuelles peuvent être reconnues comme bourses de valeurs ou de dérivés. L’enregistrement vise à garantir la stabilité financière, l’intégrité opérationnelle et la protection des investisseurs.
Fonds d’investissement crypto : Les fonds intégrant des crypto-actifs, tels que Bitcoin ou Ethereum, sont soumis à la même réglementation que les fonds traditionnels : prospectus, gouvernance, reporting. Le Canada est pionnier avec le lancement de fonds Bitcoin et Ethereum cotés et d’ETF crypto, démocratisant l’accès aux actifs numériques sous contrôle réglementaire.
Le régime fiscal canadien sur les cryptomonnaies est exhaustif et s’applique à différents types d’activités liées aux crypto-actifs. Sa compréhension est essentielle pour les particuliers et entreprises opérant sur ces actifs.
Achat ou vente de crypto-actifs : L’achat ou la vente de crypto-actifs au Canada impose de tenir des registres complets : quantité, type d’actif, date, heure, valeur en dollars canadiens, nature de chaque opération. L’Agence du revenu du Canada (ARC) exige cette documentation pour particuliers et entreprises, car elle fonde le calcul de l’impôt. Une tenue de registres précise est indispensable pour prouver la conformité et éviter les pénalités.
Négociation de crypto-actifs : La vente ou l’échange de crypto-actifs peut générer un revenu d’entreprise ou une plus-value. Les opérations fréquentes et assimilables à une activité commerciale relèvent du revenu d’entreprise, entièrement imposable. Les opérations occasionnelles sont traitées comme des gains en capital, dont seule la moitié est imposable. Cette distinction influe fortement sur la charge fiscale totale et requiert une documentation rigoureuse des habitudes de négociation.
Achat de biens et services en crypto : L’utilisation de cryptomonnaies pour acheter biens ou services est assimilée à un troc : la crypto est considérée comme vendue contre du cash, puis utilisée pour l’achat. La valeur du crypto au moment de l’opération est à déclarer à l’ARC, assurant l’imposition de tous les bénéfices économiques tirés des crypto-actifs.
Imposition du minage de crypto-actifs : Pour les mineurs, la valeur des jetons minés constitue un revenu au moment de la réception, évalué à la juste valeur marchande. L’équipement de minage peut être amorti. Les non-résidents minant au Canada doivent déclarer leurs revenus locaux si l’activité y constitue un établissement, étendant la compétence fiscale aux activités crypto.
Entreprises acceptant les cryptos : Les entreprises acceptant le paiement en cryptomonnaies doivent calculer la TPS/TVH sur la juste valeur marchande au moment de la transaction, garantissant la collecte cohérente de la taxe, quel que soit le mode de paiement.
Le Canada s’affirme dans le minage de cryptomonnaies grâce à son climat tempéré, sa stabilité politique et ses ressources énergétiques. Le Québec et l’Alberta se distinguent par leurs investissements technologiques et en infrastructures de minage. Le cadre réglementaire soutient cette croissance, même si chaque province applique ses propres règles sur l’énergie, la fiscalité et l’environnement.
Lignes directrices de l’ARC pour le minage :
Le minage crypto est légal et encadré par l’Agence du revenu du Canada, qui le traite comme une activité commerciale. Les mineurs doivent déclarer les revenus issus des jetons minés et des frais de transaction. L’ARC distingue le minage de loisir de l’activité commerciale, mais la complexité des opérations conduit à la considérer comme une entreprise. Les mineurs doivent déclarer précisément leurs revenus et peuvent déduire les dépenses (matériel, électricité, maintenance, location), ce qui peut réduire sensiblement leur revenu imposable.
Enjeux environnementaux liés au minage :
La forte consommation énergétique du minage suscite des débats environnementaux. Certaines provinces, comme l’Ontario, ont instauré des règles spécifiques : par exemple, interdiction pour certaines installations de minage de participer à des programmes d’économie d’énergie. Le Manitoba et la Colombie-Britannique ont suspendu les nouvelles demandes de sites pour limiter l’impact environnemental. Au Québec, des tarifs spécifiques s’appliquent à l’électricité pour le minage et les grands projets doivent s’y conformer. Cette tarification incite à plus d’efficacité énergétique.
Le Canada combine une réglementation favorable et une vigilance environnementale, offrant un modèle de développement durable du secteur du minage crypto. Ce compromis permet de valoriser les opportunités économiques tout en préservant les ressources naturelles.
L’OCDE a introduit le Crypto Asset Reporting Framework (CARF) et mis à jour les standards communs de déclaration (CRS). Le CARF pose les lignes directrices pour la déclaration des transactions crypto et la conformité aux normatives de lutte contre le blanchiment (AML) et le financement du terrorisme. Ce cadre international vise à renforcer la transparence mondiale et à lutter contre la criminalité financière dans le secteur crypto.
Les obligations de déclaration concernent les Crypto-Asset Service Providers (CASP), les entités contrôlant des exchanges décentralisés et la majorité des places de marché NFT. Ils doivent déclarer les conversions crypto-fiat, les échanges crypto-crypto, les importants paiements de détail et les transferts d’actifs. Le cadre couvre aussi les produits de monnaie électronique, les monnaies numériques de banque centrale et les investissements indirects via dérivés. Avec le CARF, le Canada s’aligne sur les standards internationaux et améliore l’échange d’informations transfrontalières sur les transactions crypto.
L’approche du Canada en matière de réglementation crypto a fortement évolué depuis dix ans, reflétant la maturité croissante du secteur des actifs numériques.
2013 : Premier avis fiscal – L’ARC publie un avis sur la fiscalité des cryptos, posant les bases de la réglementation.
2014 : Adoption d’une loi sur les cryptomonnaies – Le 19 juin, le Canada vote sa première loi sur les cryptomonnaies, créant un cadre pour les courtiers virtuels sous l’égide du CANAFE. Début de la vente d’Ethereum – La vente d’Ethereum, fondée par un Canadien, démarre, renforçant le poids du Canada dans le secteur.
2017 : Première société de minage cotée à la TSX – HIVE Blockchain Technologies entre à la Bourse de Toronto (TSX.V), officialisant la reconnaissance du secteur minier.
2018 : Effondrement de QuadrigaCX – La faillite de QuadrigaCX révèle des lacunes réglementaires et entraîne un contrôle accru. Publication de standards comptables – La profession comptable édicte des recommandations pour l’audit des sociétés crypto.
2019 : Consultation réglementaire – Les autorités provinciales lancent des consultations sur la réglementation crypto. Première approbation d’un fonds Bitcoin – Après un refus initial, la CVMO valide le premier fonds Bitcoin en octobre, lancé en avril 2020.
2020 : Plateforme Wealthsimple Crypto – Wealthsimple obtient l’approbation pour lancer une plateforme crypto, étendant ses services en 2021. Lancement du stablecoin QCAD – Le premier stablecoin canadien, QCAD, voit le jour, facilitant les échanges crypto-fiat.
2021 : Nouvelles plateformes approuvées – Les autorités valident cinq plateformes supplémentaires de trading crypto d’ici la fin de l’année, marquant la maturité du marché.
2022 : Amendements fiscaux proposés – Le ministère des Finances propose de modifier la Loi sur la taxe d’accise pour encadrer le minage, affinant la fiscalité du secteur.
2023 : Réglementation des stablecoins – La CVMO publie des lignes directrices sur les stablecoins, clarifiant leur statut réglementaire.
Le secteur crypto canadien est en pleine mutation. Les ACVM ont instauré de nouvelles règles pour les fonds d’investissement publics crypto, tandis que le gouvernement fédéral renforce le suivi des transactions et dote l’ARC de moyens de contrôle. Ces évolutions illustrent la volonté d’instaurer un marché crypto sûr et transparent.
Le Canada adoptera le Crypto-Asset Reporting Framework (CARF) d’ici 2026, anticipant la cible mondiale de 2027. Cette démarche proactive renforce la position du pays comme référence mondiale en matière de régulation crypto. Malgré les défis réglementaires, le potentiel du secteur est reconnu et l’approche équilibrée des autorités est prometteuse. Grâce à des politiques de soutien, à l’attention portée à l’environnement et à l’engagement international, le Canada se positionne comme leader du développement crypto durable et réglementé.
La réglementation crypto 2024 au Canada combine les lois provinciales sur les valeurs mobilières et les règles fédérales anti-blanchiment. Les autorités clés sont les Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM) et l’Organisme canadien de réglementation des investissements (OCRI). Le Canada prévoit d’adopter le Crypto Asset Reporting Framework (CARF) d’ici 2026.
Les plateformes de négociation crypto doivent se conformer aux règles du CANAFE et aux lois provinciales sur les valeurs mobilières. Les exigences principales sont la vérification KYC (Know Your Customer), les procédures AML (Anti-Money Laundering) et la déclaration des transactions de plus de 10 000 $ CA pour garantir la sécurité et la légalité des opérations.
En 2024, le Canada impose des règles plus strictes : vérification renforcée de l’identité des clients, conformité anti-blanchiment et transparence des opérations. L’objectif est de protéger les investisseurs et garantir l’intégrité du marché pour les prestataires crypto.
Oui, les résidents canadiens doivent déclarer tous les gains et pertes liés aux cryptomonnaies dans leur déclaration fiscale 2024. Il faut conserver des registres détaillés pour respecter les exigences de l’ARC. Les gains en capital sont imposables et les pertes peuvent compenser les gains. La déclaration s’effectue dans la déclaration annuelle de revenus.
Le Canada a restreint la détention de cryptomonnaies par les fonds d’investissement publics, imposé des obligations de reporting aux prestataires crypto, et autorisé des sanctions fiscales pour les transactions non déclarées. Il prévoit aussi d’adopter d’ici 2026 les standards internationaux de déclaration crypto.
Le Canada impose une conformité stricte KYC et AML aux prestataires crypto via l’enregistrement au CANAFE. Dès 2026, le cadre international CARF imposera la transmission annuelle des informations clients et transactions aux autorités fiscales.
Le Canada privilégie une approche équilibrée et claire. Les cryptomonnaies y sont traitées comme des biens soumis à l’impôt sur les gains en capital. L’accent est mis sur la protection des investisseurs tout en favorisant l’innovation, positionnant le Canada comme leader blockchain mondial avec des exigences plus légères qu’en UE (MiCA) ou que l’approche fragmentée des États-Unis.
Le Canada adopte une position prudente sur les stablecoins tout en structurant leur encadrement. La banque centrale mise sur l’alignement avec la modernisation des paiements mondiaux. La CBDC reste au stade exploratoire, sans projet de déploiement immédiat.











