
Le Global Initiative against Transnational Organized Crime (GI-TOC), basé à Genève, a révélé dans son dernier rapport « La transformation des flux d’or en Amazonie » qu’au cours des deux dernières années, le Venezuela est devenu une destination majeure pour l’or illégal en Amazonie, inversant complètement la route traditionnelle de contrebande d’or du Venezuela vers le Brésil et la Guyane. Il est notable que, selon le rapport, une partie de l’or illégal en Guyane est vendue au Venezuela en échange de USDT (Tether).

(Source : GI-TOC)
Le point central du rapport est cette inversion des flux — elle modifie la configuration des routes de contrebande et révèle une nouvelle chaîne de flux financiers illégaux. Marcena Hunter, responsable de l’exploitation minière chez GI-TOC et co-auteure du rapport, indique qu’avec plus de 2,2 milliards de dollars de revenus issus de l’exploitation aurifère en 2022, et face à la forte dépendance du gouvernement de Maduro à l’or comme pilier financier après la chute des revenus pétroliers due à une mauvaise gestion et des sanctions, le Venezuela est devenu un point de convergence pour l’or illégal et la corruption financière.
Les principales conclusions du rapport montrent que ces transactions illégales présentent des risques bien plus grands que l’impact environnemental : « Dans l’écosystème criminel du Venezuela, le commerce illégal de l’or joue un rôle clé, reliant hauts responsables politiques, officiers militaires et groupes criminels transnationaux. »
Hunter a déclaré aux médias que leurs recherches montrent que, au cours de l’année écoulée, les trafiquants d’or illégal utilisent systématiquement l’USDT pour leurs transactions. Elle souligne : « Cela met en évidence l’importance croissante des stablecoins dans le commerce illégal mondial, tout en suscitant des inquiétudes plus larges concernant la cryptomonnaie et la criminalité organisée. Étant donné l’augmentation des interactions légales et illégales autour des stablecoins, nous anticipons que cette tendance va se poursuivre. »
Cette découverte corrobore des études antérieures. En décembre 2025, TRM Labs avait indiqué dans un rapport que, face à près de dix ans de sanctions internationales et d’hyperinflation, la dépendance du Venezuela à l’USDT était devenue très forte, faisant de cette cryptomonnaie une sorte de « dollar informel » dans l’économie vénézuélienne, facilitant également le blanchiment d’argent dans le cadre d’activités illicites.
Tether a déclaré que l’entreprise collabore activement avec les autorités mondiales, ayant gelé à ce jour environ 4,3 milliards de dollars d’actifs liés à des activités illégales.
Au moment de la publication du rapport du GI-TOC, le Congrès américain débat du « Loi sur la coopération légitime en matière d’or et d’exploitation minière » qui a été soumis au Comité des relations étrangères du Sénat. L’objectif est de « réduire l’impact négatif de l’exploitation minière illégale en Amérique sur l’environnement et la société », notamment en combattant et en perturbant les financements des acteurs illégaux, ainsi qu’en empêchant les étrangers de tirer profit du système financier américain.
Hunter insiste sur le fait que l’efficacité de cette loi dépend de sa couverture des actifs numériques : « Pour être efficace, la loi devrait inclure des clauses relatives aux cryptomonnaies, car ces actifs jouent un rôle de plus en plus important dans le blanchiment des revenus issus de l’or illégal. » Elle ajoute qu’une solution plus fondamentale nécessite une réforme systémique, « rendant le commerce de l’or plus transparent et responsable, tant au niveau national qu’international », en s’appuyant sur l’expérience acquise dans la lutte contre le trafic illicite de minéraux.
Le GI-TOC (Global Initiative against Transnational Organized Crime) est une organisation indépendante de la société civile basée à Genève, spécialisée dans l’étude et la lutte contre la criminalité organisée transnationale. Ce rapport repose sur des interviews sur le terrain, des vérifications croisées de multiples sources, et cite d’autres études, notamment celles de TRM Labs. Il jouit d’une crédibilité élevée dans les médias et la communauté de recherche.
Le Venezuela a une situation particulière concernant l’utilisation de l’USDT : face à des sanctions internationales strictes, une hyperinflation extrême, et la difficulté d’accéder au dollar américain, l’USDT est devenu une alternative informelle au dollar. Sa large adoption, sa relative anonymat et sa difficulté à tracer les transactions en font un outil efficace pour les trafiquants d’or illégal cherchant à contourner la surveillance financière traditionnelle.
Hunter du GI-TOC estime que si la loi ne comprend pas de clauses spécifiques sur les cryptomonnaies, son efficacité sera fortement limitée. Bien que le projet actuel couvre déjà la lutte contre le financement illicite, il ne traite pas explicitement de la particularité des actifs numériques — notamment le rôle émergent de l’USDT dans le commerce illégal de l’or. L’absence de dispositions à ce sujet pourrait permettre aux réseaux criminels de contourner facilement la loi.