Le président de la SEC, Paul Atkins, a clairement affirmé cette semaine que la règle d’interprétation « n’est pas une fin en soi, mais un début » — mais le véritable combat se joue au Congrès : le projet de loi sur les stablecoins est pratiquement finalisé à 99 %, et la clause d’élargissement du pouvoir de la CFTC dans le cadre du projet de loi sur la structure du marché progresse également de manière stable, les deux législations étant en course simultanée.
(Précédent : la SEC publie un cadre de classification des actifs cryptographiques, Atkins déclare : la majorité des tokens ne sont plus des titres)
(Contexte supplémentaire : analyse approfondie de la loi CLARITY : un nouveau jeu de pouvoir financier sous couvert de régulation)
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Lors d’un discours jeudi à l’Institut de pratique juridique (Practising Law Institute), le président de la SEC, Paul Atkins, a lancé une phrase pleine de sens : « La règle d’interprétation offre la clarté dont le marché a urgemment besoin depuis longtemps, mais je vous assure que ce n’est qu’un début, pas une fin. »
Ce message cache une indication encore plus importante — Atkins sait parfaitement que le statut juridique d’une interprétation administrative a ses limites, et que c’est la législation du Congrès qui peut réellement verrouiller la direction de la régulation.
Selon Atkins, lors du sommet Blockchain de Washington cette semaine, dans le cadre du dernier cadre d’interprétation de la SEC, « seul un type d’actif cryptographique reste soumis à la réglementation des titres » : la tokenisation des titres traditionnels (traditional securities that are tokenized). En d’autres termes, les biens numériques, NFT, outils numériques, stablecoins sont tous exclus du champ de compétence de la SEC.
D’après CoinTelegraph, Atkins a également souligné que la priorité de la régulation de la SEC allait passer d’un modèle « enforcement plutôt que régulation » à une focalisation sur l’application du droit fédéral des titres aux actifs cryptographiques — et cela sera avancé dans le cadre du protocole de coopération récemment signé entre la SEC et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC).
Pour les projets en attente d’approbation ETF, cette évolution a une signification concrète. Les demandes d’ETF pour des altcoins comme SOL, XRP, DOGE, dont la question centrale est de savoir si ces actifs sont des titres, seront directement impactées. Si la SEC clarifie que ces actifs ne relèvent pas de sa compétence, le principal obstacle juridique à l’approbation des ETF disparaîtra — il ne restera plus que la procédure et le temps.
Ce qui inquiète davantage le marché que la règle d’interprétation de la SEC, c’est une autre information parue le même jour : un entretien jeudi entre un sénateur républicain et Patrick Witt, conseiller en cryptomonnaies de la Maison Blanche, pour faire avancer le projet de loi sur la structure du marché.
Selon un porte-parole du bureau de Cynthia Lummis, cette rencontre « a été très productive et positive », et le consensus sur la rémunération (yield) des stablecoins « a atteint 99 % », tandis que les négociations sur la partie législative des actifs numériques progressent également.
Ce « 99 % » révèle en réalité le seul point bloquant actuel : la capacité des stablecoins à payer des rendements aux détenteurs.
Ce problème est essentiellement une confrontation d’intérêts industriels. Les banques traditionnelles craignent qu’en permettant aux stablecoins de verser légalement 4-5 % de rendement, les déposants transfèrent massivement leurs fonds des banques vers ces produits — ce qui menace directement leur base de dépôts. Les acteurs cryptographiques, eux, considèrent que le rendement des stablecoins provient naturellement des intérêts sur les actifs sous-jacents (souvent des obligations américaines), et que limiter cela reviendrait à une régulation discriminatoire. La divergence n’est pas technique, mais concerne qui va perdre des parts de marché.
Un risque souvent sous-estimé par le marché : la règle d’interprétation d’Atkins est une directive administrative, pas une loi du Congrès.
Les directives administratives sont rapides et flexibles, mais leur faiblesse est évidente — un futur président de la SEC pourrait, dès son premier jour, les renverser par une nouvelle directive. C’est pourquoi Atkins lui-même insiste sur le fait que « ce n’est qu’un début » : il sait très bien qu’en l’absence d’une législation légitime du Congrès, cette philosophie de régulation est extrêmement fragile face aux changements politiques.
La loi CLARITY, adoptée par la Chambre des représentants en juillet 2025, établit le principe que les actifs « fonctionnels et décentralisés » relèvent de la compétence de la CFTC. Mais, à ce jour, le Sénat n’a pas encore programmé d’audition — cela signifie que la législation complète reste en suspens.
D’un point de vue du marché, ces développements cette semaine constituent un signal clair de soutien à court terme : la SEC réduit son champ de compétence, les obstacles juridiques aux ETF de cryptomonnaies sont levés, le projet de loi sur les stablecoins est presque adopté, et la Maison Blanche intervient directement — tout cela indique une amélioration systémique de l’environnement réglementaire.
Mais il faut garder à l’esprit que les changements réellement contraignants ne sont pas encore là. La règle d’interprétation peut être renversée, la loi CLARITY n’a pas encore passé le Sénat, et le dernier 1 % du projet de loi sur les stablecoins pourrait être le plus difficile à surmonter.
Si la CFTC prend officiellement en charge la régulation principale des actifs numériques après la législation, la conformité des exchanges cryptographiques devra être entièrement réorganisée — passant d’un cadre basé sur la SEC à celui de la CFTC, avec des règles très différentes, obligeant les acteurs à revoir leurs départements juridiques et de conformité.
Atkins dit que ce n’est qu’un « début » : cette déclaration est à la fois humble et réaliste.