La Banque centrale européenne resserre son emprise sur le marché des stablecoins. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a de plus en plus clairement indiqué que l’émission de stablecoins en dehors des frontières de l’UE ne protégera pas les entreprises contre la réglementation européenne. Son message lors de la conférence de l’ESRB à Francfort marque un changement décisif : soit vous soumettez vos stablecoins à la supervision de l’UE, soit vous faites face à des conséquences pour avoir opéré sur les marchés européens.
Le changement de politique : de l’indifférence à l’action
Il y a seulement trois ans, l’équipe de recherche de la BCE considérait pratiquement les stablecoins liés à l’euro comme des actifs financiers sans importance. Un rapport de 2022 les classait comme des crypto-actifs risqués, manquant du profil de liquidité nécessaire pour un règlement de paiement véritable. L’objectif principal de l’institution restait centré sur le lancement de l’euro numérique en tant qu’infrastructure de paiement modernisée de l’Europe.
Ce calcul a changé radicalement. Alors que l’incertitude politique autour des CBDC aux États-Unis s’accroissait et que les stablecoins prenaient une réelle importance dans les transactions transfrontalières, la BCE a compris qu’elle ne pouvait plus rester en retrait. Les commentaires récents de Lagarde révèlent une institution désormais en mode course pour empêcher l’Europe de prendre du retard dans la course aux paiements numériques. Le règlement européen sur les marchés des crypto-actifs (MiCA) incarne cette nouvelle réalité d’application, imposant des exigences de réserve substantielles et des garanties de rachat à tous les émetteurs opérant sur les marchés européens — qu’ils soient basés à Bruxelles ou ailleurs.
Où les lacunes créent une contagion
La préoccupation centrale de Lagarde concerne une vulnérabilité spécifique : les risques de liquidité qui surgissent lorsque plusieurs juridictions sont impliquées dans l’émission de stablecoins. Lorsqu’une entité de l’UE et une entité non-UE émettent conjointement le même stablecoin via des schémas multi-émissions, l’application réglementaire devient fragmentée. Si les réserves dans une juridiction s’épuisent, les investisseurs dans une autre région sont exposés à des risques inattendus.
Ce n’est pas théorique. Le plus grand opérateur de stablecoins par capitalisation, Tether, a directement contesté les exigences de réserve de MiCA, arguant que forcer les stablecoins à maintenir d’importants dépôts bancaires pourrait déstabiliser le secteur bancaire lui-même. Cette opposition souligne la tension centrale : garantir la sécurité du rachat tout en évitant de créer des risques systémiques pour le secteur bancaire.
Lagarde a fait un parallèle avec les groupes bancaires multinationaux, qui naviguent à travers des règles complexes de liquidité transfrontalière via des cadres comme les ratios de financement stable net et les normes de couverture de liquidité. Les stablecoins opérant à l’échelle internationale doivent adopter une discipline similaire. Sans cela, les risques financiers s’écouleront naturellement vers le chemin de moindre résistance — généralement, les marchés avec une surveillance plus faible.
Le défi des paiements transfrontaliers
Les stablecoins ont trouvé une utilité réelle pour les paiements internationaux et le trading de crypto-monnaies. Pourtant, cette utilité est précisément ce qui rend la fragmentation réglementaire si dangereuse. Si un paiement traverse les frontières de l’UE mais que l’émetteur opère sous des règles minimales ailleurs, qui assume le risque si quelque chose ne fonctionne pas ? La position de Lagarde est claire : la BCE attend que les mêmes standards soient appliqués uniformément, que l’émetteur soit situé à l’intérieur ou à l’extérieur des frontières européennes.
Cette impulsion réglementaire reflète aussi une inquiétude concurrentielle sous-jacente. Les banques centrales du monde entier rivalisent pour établir des cadres pour les stablecoins avant que ces actifs numériques ne s’enracinent au-delà du contrôle des gouvernements. Alors que la BCE pousse son propre euro numérique — qui peine encore à gagner du terrain sur le marché — les stablecoins privés continuent de se développer. L’institution fait face à un paradoxe : réglementer suffisamment les stablecoins pour assurer leur stabilité, mais pas de manière si stricte que l’innovation européenne soit étranglée par rapport à des juridictions plus permissives.
Ce qui nous attend
La nouvelle position de la BCE marque une rupture avec des années de scepticisme, mais elle met aussi en lumière des défis sous-jacents. L’Europe doit à la fois appliquer des règles strictes sur les stablecoins tout en convainquant les marchés d’adopter l’euro numérique — un actif qui manque encore d’une utilisation significative. Les régulateurs du monde entier font face au même casse-tête : contenir les risques systémiques sans pousser l’innovation financière à l’étranger.
Pour les émetteurs de stablecoins, le message de Lagarde est clair. Opérer à l’échelle internationale tout en évitant les règles de l’UE n’est plus viable. Le cadre de supervision financière qui semblait autrefois chaotique et fragmenté se durcit rapidement en exigences cohérentes et contraignantes. Dans l’avenir des paiements numériques en Europe, il n’y a pas de raccourcis.
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Les stablecoins en Europe font face à des règles plus strictes alors que Christine Lagarde pousse pour une cohérence réglementaire mondiale
La Banque centrale européenne resserre son emprise sur le marché des stablecoins. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a de plus en plus clairement indiqué que l’émission de stablecoins en dehors des frontières de l’UE ne protégera pas les entreprises contre la réglementation européenne. Son message lors de la conférence de l’ESRB à Francfort marque un changement décisif : soit vous soumettez vos stablecoins à la supervision de l’UE, soit vous faites face à des conséquences pour avoir opéré sur les marchés européens.
Le changement de politique : de l’indifférence à l’action
Il y a seulement trois ans, l’équipe de recherche de la BCE considérait pratiquement les stablecoins liés à l’euro comme des actifs financiers sans importance. Un rapport de 2022 les classait comme des crypto-actifs risqués, manquant du profil de liquidité nécessaire pour un règlement de paiement véritable. L’objectif principal de l’institution restait centré sur le lancement de l’euro numérique en tant qu’infrastructure de paiement modernisée de l’Europe.
Ce calcul a changé radicalement. Alors que l’incertitude politique autour des CBDC aux États-Unis s’accroissait et que les stablecoins prenaient une réelle importance dans les transactions transfrontalières, la BCE a compris qu’elle ne pouvait plus rester en retrait. Les commentaires récents de Lagarde révèlent une institution désormais en mode course pour empêcher l’Europe de prendre du retard dans la course aux paiements numériques. Le règlement européen sur les marchés des crypto-actifs (MiCA) incarne cette nouvelle réalité d’application, imposant des exigences de réserve substantielles et des garanties de rachat à tous les émetteurs opérant sur les marchés européens — qu’ils soient basés à Bruxelles ou ailleurs.
Où les lacunes créent une contagion
La préoccupation centrale de Lagarde concerne une vulnérabilité spécifique : les risques de liquidité qui surgissent lorsque plusieurs juridictions sont impliquées dans l’émission de stablecoins. Lorsqu’une entité de l’UE et une entité non-UE émettent conjointement le même stablecoin via des schémas multi-émissions, l’application réglementaire devient fragmentée. Si les réserves dans une juridiction s’épuisent, les investisseurs dans une autre région sont exposés à des risques inattendus.
Ce n’est pas théorique. Le plus grand opérateur de stablecoins par capitalisation, Tether, a directement contesté les exigences de réserve de MiCA, arguant que forcer les stablecoins à maintenir d’importants dépôts bancaires pourrait déstabiliser le secteur bancaire lui-même. Cette opposition souligne la tension centrale : garantir la sécurité du rachat tout en évitant de créer des risques systémiques pour le secteur bancaire.
Lagarde a fait un parallèle avec les groupes bancaires multinationaux, qui naviguent à travers des règles complexes de liquidité transfrontalière via des cadres comme les ratios de financement stable net et les normes de couverture de liquidité. Les stablecoins opérant à l’échelle internationale doivent adopter une discipline similaire. Sans cela, les risques financiers s’écouleront naturellement vers le chemin de moindre résistance — généralement, les marchés avec une surveillance plus faible.
Le défi des paiements transfrontaliers
Les stablecoins ont trouvé une utilité réelle pour les paiements internationaux et le trading de crypto-monnaies. Pourtant, cette utilité est précisément ce qui rend la fragmentation réglementaire si dangereuse. Si un paiement traverse les frontières de l’UE mais que l’émetteur opère sous des règles minimales ailleurs, qui assume le risque si quelque chose ne fonctionne pas ? La position de Lagarde est claire : la BCE attend que les mêmes standards soient appliqués uniformément, que l’émetteur soit situé à l’intérieur ou à l’extérieur des frontières européennes.
Cette impulsion réglementaire reflète aussi une inquiétude concurrentielle sous-jacente. Les banques centrales du monde entier rivalisent pour établir des cadres pour les stablecoins avant que ces actifs numériques ne s’enracinent au-delà du contrôle des gouvernements. Alors que la BCE pousse son propre euro numérique — qui peine encore à gagner du terrain sur le marché — les stablecoins privés continuent de se développer. L’institution fait face à un paradoxe : réglementer suffisamment les stablecoins pour assurer leur stabilité, mais pas de manière si stricte que l’innovation européenne soit étranglée par rapport à des juridictions plus permissives.
Ce qui nous attend
La nouvelle position de la BCE marque une rupture avec des années de scepticisme, mais elle met aussi en lumière des défis sous-jacents. L’Europe doit à la fois appliquer des règles strictes sur les stablecoins tout en convainquant les marchés d’adopter l’euro numérique — un actif qui manque encore d’une utilisation significative. Les régulateurs du monde entier font face au même casse-tête : contenir les risques systémiques sans pousser l’innovation financière à l’étranger.
Pour les émetteurs de stablecoins, le message de Lagarde est clair. Opérer à l’échelle internationale tout en évitant les règles de l’UE n’est plus viable. Le cadre de supervision financière qui semblait autrefois chaotique et fragmenté se durcit rapidement en exigences cohérentes et contraignantes. Dans l’avenir des paiements numériques en Europe, il n’y a pas de raccourcis.