Décoder le PER : La métrique que tout investisseur doit maîtriser

Le PER est probablement l’indicateur le plus consulté par les investisseurs et analystes lorsqu’il s’agit d’évaluer des opportunités d’investissement en bourse. Cependant, beaucoup l’utilisent sans réellement comprendre ce qui se cache derrière ces sigles ni comment l’interpréter correctement. Dans cette analyse, nous vous montrerons des fondamentaux jusqu’aux pièges les plus courants de cet outil de valorisation puissant.

L’Essence du PER : Plus qu’un Simple Chiffre

Lorsque nous parlons du PER, nous faisons référence au ratio Prix/Bénéfice (Price/Earnings Ratio en anglais). Fondamentalement, cet indicateur nous révèle combien de fois le prix de marché d’une entreprise représente ses bénéfices annuels.

Imaginez qu’une entreprise vaut 15 milliards en bourse mais génère seulement 1 milliard de bénéfices. Son PER serait 15, ce qui signifie qu’il faudrait 15 années de bénéfices actuels pour égaler sa valeur de marché.

Le PER fait partie des six ratios fondamentaux pour analyser la santé d’une entreprise : le PER lui-même, le BPA (Bénéfice par Action), le P/VC (Prix/Valorisation Comptable), l’EBITDA, le ROE et le ROA. Chacun offre une perspective différente, mais le PER se distingue par sa simplicité et son utilité comparative.

Comment le PER est-il réellement calculé ?

La mathématique du PER est accessible à tous. Vous avez deux options :

Option 1 : Capitalisation boursière ÷ Bénéfice net total

Option 2 : Prix par action ÷ Bénéfice par action (BPA)

Les deux formules donnent le même résultat. Les données sont disponibles publiquement sur toute plateforme financière, vous pouvez donc vérifier les calculs par vous-même.

Exemples Pratiques de Calcul

Entreprise A : Capitalisation de 2.600 millions de dollars, bénéfices de 658 millions. PER = 2.600 ÷ 658 = 3,95

Entreprise B : Prix de l’action 2,78 $, BPA de 0,09 $. PER = 2,78 ÷ 0,09 = 30,9

La différence est notable. La première a un PER très bas, tandis que la seconde suggère des attentes de croissance future beaucoup plus élevées.

Où Trouver le PER en Pratique

Sur des plateformes espagnoles comme Infobolsa, il apparaît directement comme “PER”. Sur des portails nord-américains tels que Yahoo Finance, vous le trouverez sous l’acronyme “P/E”. Il est toujours disponible avec d’autres données comme la capitalisation boursière, la fourchette sur 52 semaines et le volume d’actions en circulation.

Les Différentes Lectures du PER

Le Comportement Réel : Plus Complexe que la Théorie

En théorie, lorsqu’une entreprise améliore ses bénéfices, son PER devrait diminuer pendant que le prix monte. Cela a été le cas avec Meta (Facebook) pendant des années : à mesure que les gains augmentaient, le PER diminuait constamment. Un modèle textbook.

Cependant, à la fin de 2022, l’histoire a changé. Malgré l’amélioration continue des bénéfices et la baisse du PER, les actions chutaient. La raison ? Les hausses de taux de la Réserve fédérale ont généré de la méfiance envers les valeurs technologiques, indépendamment de leurs métriques.

Boeing présente un autre scénario : son PER reste stable dans certains intervalles tandis que le prix fluctue. Ici, ce qui compte, c’est si le résultat est positif ou négatif, non sa magnitude.

Les Variantes Avancées du PER

PER de Shiller : Alors que le PER traditionnel ne regarde que les bénéfices de la dernière année, cette variante utilise la moyenne des 10 dernières années ajustée par l’inflation. La logique : une période plus longue élimine les distorsions cycliques et permet des projections plus fiables sur les 20 prochaines années. Les détracteurs argumentent que cela reste insuffisant.

PER Normalisé : Il ajuste la capitalisation en fonction des actifs liquides et de la dette, tout en utilisant le Free Cash Flow plutôt que le bénéfice net. C’est plus précis mais demande plus de travail. Appliqué correctement, il révèle si une entreprise génère réellement de la valeur ou si elle camoufle simplement des chiffres. L’exemple classique : lorsque Banco Santander a acquis Banco Popular pour 1 euro, il a en réalité repris une dette colossale qui a dissuadé des concurrents comme Bankia ou BBVA.

Interprétation du PER : Le Guide Pratique

Un PER faible (0-10) semble attractif, mais attention : il se peut que les bénéfices chutent prochainement.

Un PER modéré (10-17) est la zone préférée des analystes : espace pour la croissance sans excès d’optimisme.

Un PER élevé (17-25) pourrait indiquer une croissance réelle récente ou le début d’une bulle.

Un PER très élevé (25+) est ambigu : projections extraordinaires ou surévaluation extrême.

Le problème, c’est que le marché ne suit pas toujours ces règles. Il existe des entreprises au bord de la faillite avec un PER faible parce que personne ne leur fait confiance. La métrique est utile, mais ne doit jamais être la seule boussole.

Le contexte sectoriel : une différence radicale

Ce point est critique : ne comparez pas les PER entre secteurs différents.

Les entreprises financières et industrielles ont généralement des PER faibles (2-8). ArcelorMittal, dans la métallurgie, tourne autour de 2,58.

Les entreprises technologiques et biotechnologiques évoluent dans un autre univers. Zoom Video a atteint un PER de 202,49 lors de l’essor du télétravail.

C’est une différence structurelle, pas une anomalie. Si vous comparez une banque à un logiciel comme s’ils étaient équivalents, vous commettrez des erreurs de valorisation catastrophiques.

Pourquoi le PER seul ne suffit pas

Beaucoup de débutants tombent dans le piège de croire que le PER explique tout. Si c’était le cas, les analystes classeraient simplement les entreprises par PER, et c’est tout.

La réalité exige de combiner le PER avec :

  • BPA : Confirme que les bénéfices existent réellement et croissent
  • Prix/Valorisation comptable : Révèle si vous payez pour des actifs réels ou seulement des promesses
  • ROE et ROA : Montrent l’efficacité avec laquelle l’entreprise génère des retours
  • RoTE : Mesure les rendements sur le capital tangible

De plus, analysez en profondeur la structure de l’entreprise. Un bénéfice peut être gonflé par la vente ponctuelle d’un actif, pas par des opérations solides. Décomposez les sources réelles de gains.

Le PER et la philosophie Value Investing

Les investisseurs Value cherchent “de bonnes entreprises à bon prix”. Le PER est leur boussole naturelle.

Des fonds comme Horos Value Internacional opèrent avec un PER moyen de 7,24 (bien en dessous des 14,56 de leur catégorie), tandis que Cobas Internacional affiche une moyenne de 5,47. Ces chiffres reflètent la discipline : ils ne paient pas pour des espoirs, mais pour une valeur tangible.

Le contraste avec le Growth Investing est évident. Les gestionnaires growth acceptent des PER élevés car ils misent sur une croissance exponentielle. Les value exigent des rabais : si le PER est bas, le rapport risque-récompense favorise l’investisseur.

Les entreprises cycliques : l’ennemi silencieux du PER

Les industries cycliques (construction, énergie, automobiles) créent un piège particulier.

Au sommet du cycle, lorsque les bénéfices explosent, le PER paraît irrésistiblement bas. Cela semble une bonne affaire. Mais quelques mois plus tard, lorsque le cycle s’inverse et que les bénéfices s’effondrent, ce “PER bas” s’avère être une illusion d’optique.

Au fond du cycle, c’est le contraire : le PER s’envole parce que les bénéfices ont chuté, même si l’entreprise reste fondamentalement solide.

Les forces pratiques du PER

✓ Facile à calculer et à vérifier par vous-même

✓ Permet des comparaisons rapides entre entreprises du même secteur

✓ Fonctionne même pour des entreprises qui ne versent pas de dividendes

✓ Reste l’une des trois métriques les plus consultées sur les marchés mondiaux

Les limitations que tout investisseur doit connaître

✗ Ne considère que les bénéfices d’une année, période potentiellement trop courte

✗ Inutile pour les entreprises sans bénéfices (startups, entreprises déficitaires)

✗ Capture une photo statique, pas la trajectoire dynamique future

✗ S’effondre avec les entreprises cycliques : confondre pics et opportunités réelles

La conclusion pratique

Le PER est un outil puissant dans un kit d’analyse plus large. Il fonctionne particulièrement bien pour comparer des entreprises matures du même secteur dans des géographies similaires.

Mais un investissement basé uniquement sur le PER échouera. Il y a trop d’entreprises vacillant vers la faillite qui paraissent bon marché précisément parce que personne n’y croit. Le marché ne se trompe pas toujours, mais quand il le fait, le PER ne le sauvera pas.

La formule du succès : utilisez le PER comme point de départ, combinez-le avec le BPA, le ROE et une analyse approfondie de la structure de l’entreprise, consacrez du temps à comprendre le business, et construisez votre thèse d’investissement seulement après. Dix minutes de recherche solide valent plus que des heures à optimiser une seule métrique.

EL-8,12%
LA-2,08%
Voir l'original
Cette page peut inclure du contenu de tiers fourni à des fins d'information uniquement. Gate ne garantit ni l'exactitude ni la validité de ces contenus, n’endosse pas les opinions exprimées, et ne fournit aucun conseil financier ou professionnel à travers ces informations. Voir la section Avertissement pour plus de détails.
  • Récompense
  • Commentaire
  • Reposter
  • Partager
Commentaire
0/400
Aucun commentaire
  • Épingler

Trader les cryptos partout et à tout moment
qrCode
Scan pour télécharger Gate app
Communauté
Français (Afrique)
  • 简体中文
  • English
  • Tiếng Việt
  • 繁體中文
  • Español
  • Русский
  • Français (Afrique)
  • Português (Portugal)
  • Bahasa Indonesia
  • 日本語
  • بالعربية
  • Українська
  • Português (Brasil)