La Banque centrale européenne fait face à un dilemme qui concerne moins l’audace que le timing. Avec l’inflation qui remonte au-dessus de sa zone de confort de 2 % et la croissance qui stagne, la BCE adopte une posture d’attente pendant que la Réserve fédérale américaine réduit ses taux dans une optique d’assouplissement plus marqué. Le résultat ? Les traders EUR/USD analysent deux futurs très différents : l’un où l’euro remonte vers 1,20, l’autre où il retombe vers 1,13 ou même 1,10. L’écart entre ces scénarios ne se limite pas aux taux d’intérêt ; il concerne la capacité de l’Europe à rester à flot face aux tarifs douaniers et aux vents contraires structurels qui s’accumulent.
Le problème de croissance de l’Europe est plus profond que la faiblesse cyclique
L’économie de la zone euro fait face à quelque chose de plus structurel qu’un ralentissement temporaire. Le secteur automobile allemand — le moteur traditionnel de la croissance de la région — a contracté de 5 % alors que la transition vers l’électrique et les perturbations d’approvisionnement frappent durement. Par ailleurs, le sous-investissement dans l’innovation a laissé l’Europe derrière les États-Unis et la Chine dans des secteurs technologiques clés, un écart qui ne se comblera pas rapidement.
Les tensions commerciales ont ajouté une pression supplémentaire. Le régime tarifaire de la nouvelle administration américaine — dont on murmure qu’il pourrait atteindre 10 % à 20 % sur les biens européens — menace de ralentir les économies dépendantes des exportations, précisément au moment où elles ont besoin de dynamisme. Les expéditions de l’UE vers l’Amérique ont déjà diminué de 3 %, avec les secteurs automobile et chimique en première ligne.
Les dernières prévisions de la Commission européenne traduisent cette inquiétude : une croissance de 1,3 % attendue pour 2025, une révision à la baisse à 1,2 % pour 2026, puis une légère reprise à 1,4 % en 2027. En clair : les décideurs donnent discrètement à penser que l’année prochaine pourrait être plus mouvementée que ce que le marché anticipe actuellement. Au sein du bloc, la résilience reste inégale. Les données du troisième trimestre montrent une expansion de 0,2 % de la zone euro, mais l’Espagne (0,6%) et la France (0,5%) ont devancé l’Allemagne et l’Italie, qui sont restées stables. Ce n’est pas la catastrophe, mais ce n’est pas non plus rassurant.
La surprise inflationniste qui maintient la BCE à son siège
L’inflation a cessé de coopérer avec le récit de la BCE. Les chiffres de novembre se sont établis à 2,2 % en glissement annuel, en hausse par rapport à 2,1 % en octobre, restant obstinément au-dessus de l’objectif de 2,0 %. Plus préoccupant : l’inflation des services a augmenté à 3,5 % contre 3,4 %. C’est la composante tenace que craignent le plus les banques centrales — la preuve que les pressions sur les prix ne reculent pas uniformément.
Le 18 décembre, la BCE n’a pas flanché. Les trois taux clés sont restés inchangés : le taux de dépôt à 2,00 %, le taux de refinancement principal à 2,15 %, et le taux marginal de prêt à 2,40 %. Après avoir suspendu les réductions depuis mi-2025 et avec de nouvelles projections suggérant une dérive de trois ans vers l’objectif, la ligne de base pour 2026 ressemble à une inertie de la BCE : aucune urgence à bouger dans un sens ou dans l’autre. La déclaration de la présidente Christine Lagarde après la réunion a renforcé cette position, décrivant la politique comme occupant une « bonne place » — le langage du marché pour « ne pas s’attendre à un changement prochainement ».
Le consensus du marché confirme cette lecture. Christian Kopf, de Union Investment, n’envisage aucun mouvement à court terme ; si quelque chose devait changer, ce serait vers la fin 2026 ou le début 2027, probablement en direction d’une hausse des taux. Une enquête de Reuters auprès d’économistes montre une attente large d’aucun changement de taux jusqu’en 2026 et en 2027, bien que la fourchette pour 2027 (1,5 %–2,5 %) indique que la confiance s’effrite plus on regarde loin.
La trajectoire d’assouplissement de la Fed pourrait s’accélérer en 2026
La Réserve fédérale s’est surprise elle-même, en réduisant ses taux trois fois en 2025 alors qu’elle n’avait prévu que deux baisses. La décision de septembre, avec une baisse de 25 points de base, a ouvert les vannes ; celles d’octobre et décembre ont suivi, portant la fourchette des fonds fédéraux à 3,5 %–3,75 %. En mars, le taux est resté à 4,5 %, car les décideurs craignaient que les tarifs ne stimulent l’inflation, mais le refroidissement des pressions sur les prix et la faiblesse du marché du travail ont finalement prévalu dans la seconde moitié de l’année.
Le contexte politique ajoute un risque de type « joker ». Jerome Powell voit son mandat se terminer en mai 2026, et sa reconduction semble peu probable. Trump a publiquement critiqué Powell pour sa lenteur dans la réduction des taux et a laissé entendre que le prochain président de la Fed serait plus enclin à l’assouplissement. La nomination du successeur est attendue début janvier.
Les perspectives de réduction des taux pour 2026 dépendent en partie de cette transition. Moody’s Analytics prévoit plusieurs baisses — non pas parce que la croissance est forte, mais parce que l’économie est sur le fil du rasoir. Les grandes banques partagent des attentes similaires : Goldman Sachs, Morgan Stanley, Bank of America, Wells Fargo, Nomura et Barclays anticipent tous deux baisses en 2026, avec une fourchette des fonds fédéraux autour de 3,00 %–3,25 %. Nomura prévoit des baisses en juin et septembre ; Goldman évoque mars et juin.
Deux scénarios pour l’EUR/USD en 2026 — Et ils mènent à des endroits très différents
La trajectoire de l’euro dépend d’un calcul simple : la résilience européenne plus la patience de la BCE versus la dynamique américaine plus les baisses de la Fed. Mais les marchés ne négocient pas seulement des chiffres ; ils négocient les histoires qui les sous-tendent.
Scénario un : L’Europe tient bon, la Fed baisse davantage
Si la croissance de la zone euro dépasse 1,3 % et que l’inflation évolue lentement vers l’objectif, la BCE reste immobile pendant que la Fed réduit ses taux. Le différentiel de taux d’intérêt qui se resserre soutiendra l’euro. L’EUR/USD pourrait dépasser 1,20 dans ce contexte. Pour donner une perspective, lorsque l’EUR/USD tourne autour de 1,20, la conversion USD-CAD équivalente se situe à peu près autour de 590 CAD par dollar euro, illustrant comment les paires de devises fluctuent sur les marchés forex mondiaux.
Scénario deux : L’Europe trébuche, la BCE plie
Si la croissance est inférieure à 1,3 % et que la BCE privilégie les baisses pour soutenir l’activité, la reprise de l’euro en 2025 s’inversera. L’EUR/USD reviendrait probablement vers 1,13, avec une possibilité de casser vers 1,10 si les chocs commerciaux s’intensifient.
Les prévisions des grandes institutions divergent fortement car leurs hypothèses diffèrent :
Citi adopte une position baissière, projetant l’EUR/USD à 1,10 d’ici le troisième trimestre 2026 — soit une chute d’environ 6 % par rapport aux niveaux actuels de 1,1650. La thèse : la croissance américaine repart à la hausse et la Fed réduit moins que ce que le marché anticipe, permettant au dollar de se renforcer.
UBS Global Wealth Management (EMEA CIO Themis Themistocleous) adopte une position opposée. Si la BCE reste en pause alors que la Fed continue de réduire, l’écart de rendement se resserrera et soutiendra l’euro. UBS vise un EUR/USD à 1,20 d’ici mi-2026.
Le vrai bifurque : si 2026 apporte « baisses de la Fed + Europe qui traverse la tempête », l’euro a de la marge pour monter plus haut. Si c’est « Europe ralentit + tarifs douaniers + BCE qui devient accommodante », le potentiel de hausse sera rapidement plafonné, et 1,13 ou 1,10 ne seront plus seulement des scénarios hypothétiques — ils deviendront votre prochaine zone de test réelle.
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Zone euro à un carrefour : pourquoi 2026 pourrait réécrire l'histoire de l'EUR/USD
La Banque centrale européenne fait face à un dilemme qui concerne moins l’audace que le timing. Avec l’inflation qui remonte au-dessus de sa zone de confort de 2 % et la croissance qui stagne, la BCE adopte une posture d’attente pendant que la Réserve fédérale américaine réduit ses taux dans une optique d’assouplissement plus marqué. Le résultat ? Les traders EUR/USD analysent deux futurs très différents : l’un où l’euro remonte vers 1,20, l’autre où il retombe vers 1,13 ou même 1,10. L’écart entre ces scénarios ne se limite pas aux taux d’intérêt ; il concerne la capacité de l’Europe à rester à flot face aux tarifs douaniers et aux vents contraires structurels qui s’accumulent.
Le problème de croissance de l’Europe est plus profond que la faiblesse cyclique
L’économie de la zone euro fait face à quelque chose de plus structurel qu’un ralentissement temporaire. Le secteur automobile allemand — le moteur traditionnel de la croissance de la région — a contracté de 5 % alors que la transition vers l’électrique et les perturbations d’approvisionnement frappent durement. Par ailleurs, le sous-investissement dans l’innovation a laissé l’Europe derrière les États-Unis et la Chine dans des secteurs technologiques clés, un écart qui ne se comblera pas rapidement.
Les tensions commerciales ont ajouté une pression supplémentaire. Le régime tarifaire de la nouvelle administration américaine — dont on murmure qu’il pourrait atteindre 10 % à 20 % sur les biens européens — menace de ralentir les économies dépendantes des exportations, précisément au moment où elles ont besoin de dynamisme. Les expéditions de l’UE vers l’Amérique ont déjà diminué de 3 %, avec les secteurs automobile et chimique en première ligne.
Les dernières prévisions de la Commission européenne traduisent cette inquiétude : une croissance de 1,3 % attendue pour 2025, une révision à la baisse à 1,2 % pour 2026, puis une légère reprise à 1,4 % en 2027. En clair : les décideurs donnent discrètement à penser que l’année prochaine pourrait être plus mouvementée que ce que le marché anticipe actuellement. Au sein du bloc, la résilience reste inégale. Les données du troisième trimestre montrent une expansion de 0,2 % de la zone euro, mais l’Espagne (0,6%) et la France (0,5%) ont devancé l’Allemagne et l’Italie, qui sont restées stables. Ce n’est pas la catastrophe, mais ce n’est pas non plus rassurant.
La surprise inflationniste qui maintient la BCE à son siège
L’inflation a cessé de coopérer avec le récit de la BCE. Les chiffres de novembre se sont établis à 2,2 % en glissement annuel, en hausse par rapport à 2,1 % en octobre, restant obstinément au-dessus de l’objectif de 2,0 %. Plus préoccupant : l’inflation des services a augmenté à 3,5 % contre 3,4 %. C’est la composante tenace que craignent le plus les banques centrales — la preuve que les pressions sur les prix ne reculent pas uniformément.
Le 18 décembre, la BCE n’a pas flanché. Les trois taux clés sont restés inchangés : le taux de dépôt à 2,00 %, le taux de refinancement principal à 2,15 %, et le taux marginal de prêt à 2,40 %. Après avoir suspendu les réductions depuis mi-2025 et avec de nouvelles projections suggérant une dérive de trois ans vers l’objectif, la ligne de base pour 2026 ressemble à une inertie de la BCE : aucune urgence à bouger dans un sens ou dans l’autre. La déclaration de la présidente Christine Lagarde après la réunion a renforcé cette position, décrivant la politique comme occupant une « bonne place » — le langage du marché pour « ne pas s’attendre à un changement prochainement ».
Le consensus du marché confirme cette lecture. Christian Kopf, de Union Investment, n’envisage aucun mouvement à court terme ; si quelque chose devait changer, ce serait vers la fin 2026 ou le début 2027, probablement en direction d’une hausse des taux. Une enquête de Reuters auprès d’économistes montre une attente large d’aucun changement de taux jusqu’en 2026 et en 2027, bien que la fourchette pour 2027 (1,5 %–2,5 %) indique que la confiance s’effrite plus on regarde loin.
La trajectoire d’assouplissement de la Fed pourrait s’accélérer en 2026
La Réserve fédérale s’est surprise elle-même, en réduisant ses taux trois fois en 2025 alors qu’elle n’avait prévu que deux baisses. La décision de septembre, avec une baisse de 25 points de base, a ouvert les vannes ; celles d’octobre et décembre ont suivi, portant la fourchette des fonds fédéraux à 3,5 %–3,75 %. En mars, le taux est resté à 4,5 %, car les décideurs craignaient que les tarifs ne stimulent l’inflation, mais le refroidissement des pressions sur les prix et la faiblesse du marché du travail ont finalement prévalu dans la seconde moitié de l’année.
Le contexte politique ajoute un risque de type « joker ». Jerome Powell voit son mandat se terminer en mai 2026, et sa reconduction semble peu probable. Trump a publiquement critiqué Powell pour sa lenteur dans la réduction des taux et a laissé entendre que le prochain président de la Fed serait plus enclin à l’assouplissement. La nomination du successeur est attendue début janvier.
Les perspectives de réduction des taux pour 2026 dépendent en partie de cette transition. Moody’s Analytics prévoit plusieurs baisses — non pas parce que la croissance est forte, mais parce que l’économie est sur le fil du rasoir. Les grandes banques partagent des attentes similaires : Goldman Sachs, Morgan Stanley, Bank of America, Wells Fargo, Nomura et Barclays anticipent tous deux baisses en 2026, avec une fourchette des fonds fédéraux autour de 3,00 %–3,25 %. Nomura prévoit des baisses en juin et septembre ; Goldman évoque mars et juin.
Deux scénarios pour l’EUR/USD en 2026 — Et ils mènent à des endroits très différents
La trajectoire de l’euro dépend d’un calcul simple : la résilience européenne plus la patience de la BCE versus la dynamique américaine plus les baisses de la Fed. Mais les marchés ne négocient pas seulement des chiffres ; ils négocient les histoires qui les sous-tendent.
Scénario un : L’Europe tient bon, la Fed baisse davantage
Si la croissance de la zone euro dépasse 1,3 % et que l’inflation évolue lentement vers l’objectif, la BCE reste immobile pendant que la Fed réduit ses taux. Le différentiel de taux d’intérêt qui se resserre soutiendra l’euro. L’EUR/USD pourrait dépasser 1,20 dans ce contexte. Pour donner une perspective, lorsque l’EUR/USD tourne autour de 1,20, la conversion USD-CAD équivalente se situe à peu près autour de 590 CAD par dollar euro, illustrant comment les paires de devises fluctuent sur les marchés forex mondiaux.
Scénario deux : L’Europe trébuche, la BCE plie
Si la croissance est inférieure à 1,3 % et que la BCE privilégie les baisses pour soutenir l’activité, la reprise de l’euro en 2025 s’inversera. L’EUR/USD reviendrait probablement vers 1,13, avec une possibilité de casser vers 1,10 si les chocs commerciaux s’intensifient.
Les prévisions des grandes institutions divergent fortement car leurs hypothèses diffèrent :
Citi adopte une position baissière, projetant l’EUR/USD à 1,10 d’ici le troisième trimestre 2026 — soit une chute d’environ 6 % par rapport aux niveaux actuels de 1,1650. La thèse : la croissance américaine repart à la hausse et la Fed réduit moins que ce que le marché anticipe, permettant au dollar de se renforcer.
UBS Global Wealth Management (EMEA CIO Themis Themistocleous) adopte une position opposée. Si la BCE reste en pause alors que la Fed continue de réduire, l’écart de rendement se resserrera et soutiendra l’euro. UBS vise un EUR/USD à 1,20 d’ici mi-2026.
Le vrai bifurque : si 2026 apporte « baisses de la Fed + Europe qui traverse la tempête », l’euro a de la marge pour monter plus haut. Si c’est « Europe ralentit + tarifs douaniers + BCE qui devient accommodante », le potentiel de hausse sera rapidement plafonné, et 1,13 ou 1,10 ne seront plus seulement des scénarios hypothétiques — ils deviendront votre prochaine zone de test réelle.