Le Nouvel An chinois de l’année du Dragon comporte un détail intrigant : moins d’une heure après le début, trois programmes mettent en scène des robots intelligents incarnés. En 2025, ces robots ressemblent encore à des personnes âgées tremblantes, marchant avec assistance. En 2026, ils peuvent déjà se retourner, faire des arts martiaux, avec des mouvements précis et fluides. Bien que le Gala ne soit pas une conférence technologique, il reste toujours un thermomètre de l’humeur sociale. Lorsque les robots passent d’objets curieux sur scène à des acteurs de spectacle, cela signifie qu’ils sortent du laboratoire pour entrer dans l’industrie, du simple divertissement à une échelle plus large.
Les questions deviennent alors concrètes : où ces robots entreront-ils en premier ? Qui seront-ils amenés à remplacer ? Qui en tirera profit en premier ? Qui sera éliminé ? En 2026, le véritable tournant pour les robots intelligents incarnés pourrait déjà approcher. J’ai tenté de condenser les changements clés possibles en dix prévisions. Il ne s’agit pas d’une liste de visions, mais d’une évaluation de ce qui pourrait se produire en premier et de quels segments pourraient rapidement générer de la valeur.
1. D’abord travailler de nuit, puis entrer dans les foyers
En 2026, ce ne seront pas les foyers qui verront en premier la croissance des robots, mais les entreprises. Les premiers à être remplacés ne seront pas les employés de jour, mais ceux de nuit. Les postes de nuit font face à trois problèmes structurels : des coûts de main-d’œuvre nettement plus élevés que le jour, une difficulté à recruter et un taux de rotation élevé, ainsi qu’une faible exigence en compétences sociales et compréhension de situations complexes. La manipulation de caisses en entrepôt, la gestion des colis, l’inspection en industrie, la livraison de linge ou la surveillance dans les hôtels constitueront les scénarios d’implantation les plus denses en 2026. Sur ces postes, tant que le robot ne cause pas d’accident, ne tombe pas en panne, et peut tenir toute la nuit, il aura une raison d’être acheté.
Le manque de personnel pour le travail de nuit est une problématique structurelle : vieillissement démographique, pénurie de main-d’œuvre dans les services, désintérêt des jeunes pour le travail de nuit, ce qui ne pourra pas être résolu en un ou deux ans. Pour l’industrie et l’investissement, en 2026, il ne faut pas se concentrer sur le « taux de pénétration dans les foyers », mais sur deux indicateurs : le taux de substitution de nuit et le nombre d’heures de fonctionnement stable par robot dans un environnement réel. Ces deux chiffres sont les véritables signaux de la progression vers une échelle plus large. En résumé : cette année, on remplace d’abord les humains pour la nuit, puis ce sera au tour des tâches ménagères.
2. Les succès ne ressemblent pas à des humains, mais à des outils
La plus grande erreur dans le domaine de l’intelligence incarnée est de considérer la compétition comme une « course à l’humanoïde », où celui qui ressemble le plus à un humain serait le plus avancé. En 2026, la véritable différence ne sera pas dans la ressemblance des mouvements, mais dans la capacité à effectuer de manière fiable, dans un environnement réel, les tâches physiques les plus monotones et répétitives sur le long terme.
Transporter des caisses, déplacer des objets, ranger, prendre et déposer, trier, ouvrir et fermer des portes, inspecter des points fixes : ces actions, simples en apparence, occupent une grande partie du travail quotidien en première ligne. Dans ces scénarios, le robot n’a pas besoin d’une liberté d’action impressionnante ni d’une expression émotionnelle complexe, il doit simplement ne pas tomber en panne lors d’une utilisation intensive. Pour les clients industriels, couvrir 80 % des scénarios de manière stable est bien plus précieux qu’une démonstration de 100 % de capacités.
Les divergences apparaissent ici : beaucoup d’équipes investissent encore dans des démonstrations de mouvements à haute liberté ou de comportements complexes, mais ce que les clients veulent réellement, c’est une production stable plutôt qu’un exploit technique. En 2026, cette différence de priorités se reflétera directement dans les produits : les indicateurs clés ne seront plus « quelles actions peut faire le robot », mais la durée de fonctionnement continue, l’intervalle entre pannes, le taux de chute et la fréquence d’intervention humaine. Pour juger si l’intelligence incarnée approche de l’échelle, il ne faut plus regarder des vidéos de démonstration, mais observer si le robot peut fonctionner en continu sur une ligne de production ou sur site, sans devenir une nouvelle source d’instabilité. Les spectateurs s’intéressent à « ce qu’il peut faire », mais ceux qui paient veulent surtout savoir « s’il peut fonctionner longtemps sans causer de problèmes ». En résumé : plus il ressemble à un outil, plus il se rapproche du business.
3. La puissance se juge à la démonstration, la valeur à la gestion des erreurs
Les grands modèles vont se démocratiser, et la différence d’intelligence va se réduire. La véritable capacité d’une entreprise de robots à sortir du stade pilote et à entrer dans une utilisation à grande échelle ne dépend pas de sa performance en conditions idéales, mais de sa capacité à gérer les problèmes fréquents dans le monde réel. Chaque jour, le monde pose des défis : échec de la préhension, chute d’objets, passage bloqué, outils coincés, ou même une personne qui s’approche soudainement. Si ces situations ne sont pas bien gérées, ce n’est pas une mauvaise expérience, mais un risque pour la sécurité. Ceux qui peuvent anticiper ces erreurs courantes dans leur conception, et transformer la gestion des incidents en une procédure stable, seront plus facilement intégrés dans la production. À l’inverse, si chaque problème nécessite une intervention humaine en permanence, ils resteront au stade pilote.
Ce seuil commence déjà à apparaître. De plus en plus, les solutions proposées mettent en avant non seulement la réussite des mouvements, mais aussi la gestion des anomalies, la prise en charge à distance, et la possibilité de revoir les incidents en replay, tout en intégrant la sécurité dans les clauses contractuelles. Pour les clients, la fiabilité d’un robot dépend de sa capacité à maîtriser ses échecs. La question pour évaluer la maturité commerciale d’une entreprise devient donc : en cas de problème sur site, peut-elle immédiatement contenir le risque, éviter les blessures et les dégâts, tout en enregistrant clairement la cause et la solution ? Les entreprises capables de faire cela seront plus proches d’un flux de trésorerie stable. En résumé : savoir faire le travail ne suffit pas, il faut aussi que l’échec ne cause pas de dégâts.
4. Pour livrer, il faut d’abord apprendre à simplifier
Beaucoup pensent qu’en 2026, les robots intelligents incarnés deviendront de plus en plus « complets ». Je pense au contraire que les produits réellement livrables et reproductibles seront volontairement simplifiés. Plus ils ont de fonctionnalités, plus le système devient lourd, avec plus de points de défaillance. Plus c’est complexe, plus il est difficile à vérifier, à maintenir, et à produire en série. En 2026, on verra probablement émerger quelques modèles à haute réutilisabilité : spécialisés dans le transport, la surveillance, la livraison, ou la collaboration à poste fixe, en se concentrant sur une ou deux tâches, plutôt que d’essayer de tout faire.
Ce désengagement fonctionnel n’est pas une régression technologique, mais une étape nécessaire à la maturité de l’ingénierie. La production à grande échelle ne récompense pas la sophistication, mais la fiabilité : réaliser des actions clés avec un taux de panne très faible, assurer une performance constante en usage intensif, et rassurer le personnel sur leur rôle d’outil plutôt que de machine de démonstration. Lorsqu’un produit atteint cette étape, l’imagination cède la place à la stabilité et à la reproductibilité.
En 2026, la communication des fabricants pourrait passer de « combien de tâches je peux faire » à « combien de temps je peux fonctionner sans problème sur ces tâches ». Pour l’industrie et l’investissement, cela envoie un signal clair : après convergence des modèles, les véritables bénéficiaires seront ceux qui produisent des composants et des systèmes de contrôle hautement standardisés, plutôt que des machines aux fonctionnalités extravagantes. En résumé : la voie vers l’échelle passe par la simplification.
5. Ceux qui gagnent d’abord ne sont pas forcément les machines, mais les composants clés
Si vous ne regardez que « qui deviendra la pomme de l’industrie robotique », vous risquez de manquer les gains les plus certains en 2026. La raison est simple : les fabricants de machines seront soumis à une compétition d’élimination, avec des commandes fluctuantes. En revanche, les composants clés seront utilisés dans toutes les machines, et leur demande sera continue, indépendamment du modèle. Considérer le robot comme une combinaison d’« os, muscles, nerfs, cœur » : les articulations, moteurs, capteurs, gestion de l’alimentation, ces « organes internes » auront une demande durable, bien avant la coque extérieure.
Les actionneurs (servo-moteurs + réduction + driver), les roulements et matériaux à haute cohérence, les capteurs tactiles et de force, les systèmes de gestion de batteries (BMS) : en 2026, ces segments seront en tension en raison d’une capacité limitée. Pour un investisseur lambda, cela signifie une évidence : plutôt que de miser sur un robot star, il vaut mieux suivre ces composants indispensables à tous. En résumé : ceux qui vendent des pelles ont souvent déjà leur profit.
6. Ce que l’on vend, ce n’est pas une machine, mais un contrat long terme « matériel + abonnement + service »
En 2026, vendre un robot ressemblera de plus en plus à vendre un smartphone : la livraison n’est que le début, le vrai coût se profile derrière. L’acheteur ne veut pas simplement posséder un robot, mais qu’il fonctionne durablement et en toute stabilité sur le terrain. Par conséquent, les modèles de partenariat seront plus nombreux : paiement initial pour le matériel, abonnement annuel pour le logiciel, paiement pour la maintenance. En substance, il s’agit d’acheter un outil de production à long terme, plutôt qu’un gadget ponctuel.
Ce modèle a déjà été expérimenté : acheter un équipement d’automatisation n’est pas difficile, mais souvent il reste inutilisé, cassé, ou non réparé, faute de suivi. Si un robot signale des alertes toutes les trois jours, ou nécessite la présence d’un ingénieur en permanence, les coûts de maintenance finiront par dépasser l’économie réalisée. La décision d’acheter à nouveau dépendra moins de la démonstration initiale que de sa capacité à continuer à travailler plusieurs mois, et à se remettre rapidement d’un problème. Lors du Gala, un robot peut faire une pirouette puis quitter la scène, mais une entreprise veut un robot qui fonctionne tous les jours, durablement.
Les enjeux de la concurrence changent aussi : de plus en plus d’entreprises seront capables de fabriquer des robots, mais celles qui pourront les faire fonctionner longtemps, les maintenir, et les réparer rapidement seront rares. En résumé : la livraison n’est que le premier jour, la vraie réussite, c’est qu’il tourne un an.
7. La véritable force n’est pas la faiblesse du prix, mais la rapidité d’adaptation et la stabilité
Beaucoup pensent encore qu’en 2026, l’avantage principal viendra du coût. Mais la vraie clé sera la vitesse d’ingénierie : la capacité à modifier rapidement en petite série, à détecter et corriger les problèmes sur site, et à transformer des structures complexes en processus de fabrication standard. Cette capacité déterminera qui pourra passer du pilote à la reproduction. Un robot n’est pas conçu dans une salle de réunion, il se forge sur le terrain : chaque erreur, chaque chute, chaque mauvaise préhension est une étape vers la prochaine amélioration.
En 2026, la compétition sera plus dure et plus réaliste : ce n’est pas la qualité de la conception qui fera la différence, mais la capacité à corriger un problème en trois mois, à simplifier l’assemblage, à rendre la maintenance facile. Les équipes capables de faire cela avanceront plus vite vers la livraison, et entreront plus tôt dans une zone reproductible. En résumé : la victoire ne se joue pas lors du lancement, mais sur le chantier et en atelier.
8. Une seule machine, c’est un prototype ; plusieurs, c’est une force de production
Le véritable tournant en 2026 ne sera pas une machine plus intelligente, mais la capacité de plusieurs robots à travailler ensemble. Un seul robot, même très performant, n’est qu’une démonstration. Ce qui compte, c’est qu’un groupe de robots puisse se répartir les tâches, éviter les collisions, se relayer, et se compléter. La scène du « WuBOT » lors du Gala est plus impressionnante parce qu’elle montre une équipe de robots collaborant, plutôt qu’un seul robot en solo.
Cela déplace le centre de la compétition : de la technique mécanique et des mouvements spectaculaires, vers la planification des tâches, l’évitement de trajectoires, la gestion des échanges, et l’adaptation à l’espace. Ce que les entreprises veulent vraiment, ce n’est pas un robot universel, mais une « équipe de robots » capable de fonctionner de manière stable dans un entrepôt, une usine ou un service hôtelier. Qui transporte, qui fournit, qui inspecte, comment gérer les heures supplémentaires, la recharge, et la réparation en cas de panne. En 2026, on passera d’acheter une machine pour tester à acheter une flotte pour faire tourner, car seul un fonctionnement en série permet d’évaluer la vraie efficacité. En résumé : un seul robot, c’est un produit ; plusieurs, c’est un système.
9. L’écosystème ne commencera pas par une boutique, mais par des solutions sectorielles
Une « boutique d’applications pour robots » finira par apparaître, mais en 2026, elle ne prendra pas la forme d’un magasin ouvert comme pour les smartphones. Ce sera plutôt des « packs sectoriels » : un pour les entrepôts, un pour la logistique hôtelière, un pour les postes en usine, un pour la logistique hospitalière. Car les entreprises veulent des solutions contrôlables, livrables, réutilisables, et non des machines à installer partout sans contrôle.
Cela explique aussi pourquoi la compétition en 2026 ne se limite pas au hardware : même avec la même machine, le vrai défi est de l’intégrer dans un processus. Ceux qui sauront faire des solutions packagées auront plus tôt des clients récurrents. L’écosystème tiers se développera surtout sous forme d’intégrateurs et de fournisseurs de services sectoriels. En résumé : faire du secteur un modèle, c’est la clé pour faire fleurir l’écosystème.
10. La barrière à l’échelle n’est pas la technologie, mais la responsabilité et l’assurance
Lorsque les robots intelligents incarnés entrent réellement dans les lieux de travail, le problème le plus difficile ne sera pas « s’ils peuvent faire des mouvements », mais « qui sera responsable en cas d’incident ». Blessures, dommages, erreurs, arrêts, fuite de données : ces risques, une fois intégrés dans la décision des entreprises, déplacent le secteur du « course technologique » vers le « domaine de la gouvernance ». En 2026, la clé pour une échelle réussie ne sera pas seulement la capacité du produit, mais aussi : existe-t-il des normes sectorielles, comment sont réparties les responsabilités, et l’assurance couvre-t-elle ces risques ?
Cela peut sembler peu glamour, mais cela détermine si un robot peut passer du pilote à une déploiement massif. Les entreprises doivent pouvoir lâcher prise, et pour que les robots deviennent une infrastructure quasi fondamentale, il faut qu’ils soient « explicables, assurables, et supportables ». En résumé : la technologie ouvre la porte, la responsabilité et l’assurance permettent d’y entrer.
Conclusion : du spectacle à la réalité, le tournant de 2026
En regroupant ces dix prévisions, on voit que la tendance principale en 2026 n’est pas romantique : ce n’est pas une généralisation soudaine des robots domestiques, ni une capacité instantanée à tout faire. C’est une transition du pilote à la reproduction, de la vidéo à l’horloge de travail, du spectacle à la responsabilité. La véritable étape clé pour l’intelligence incarnée est celle qui passe de « l’apparence de puissance » à « la valeur d’usage ». Pour l’industrie et l’investissement, le chemin devient plus clair : se concentrer d’abord sur les signaux de croissance dans les scénarios de nuit, miser sur des équipes capables de transformer l’échec en modèle, et se focaliser sur les composants clés et la maintenance. Le vrai tournant ne sera pas la capacité du robot à faire des flips, mais sa capacité à tenir la nuit, à faire le travail lourd, à gérer les erreurs, à livrer en série, et à assumer la responsabilité. Quand tout cela sera en place, l’intelligence incarnée ne sera plus un simple spectacle de gala ou une mode technologique, mais une nouvelle ressource productive pour l’économie réelle.
(Author : Hu Yi, spécialiste des données, auteur de « L’avenir est prometteur : accompagner l’intelligence artificielle »)
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Après le spectacle du Nouvel An avec le robot humanoïde : les dix principales prévisions pour l'intelligence incarnée de l'année du Cheval
Le Nouvel An chinois de l’année du Dragon comporte un détail intrigant : moins d’une heure après le début, trois programmes mettent en scène des robots intelligents incarnés. En 2025, ces robots ressemblent encore à des personnes âgées tremblantes, marchant avec assistance. En 2026, ils peuvent déjà se retourner, faire des arts martiaux, avec des mouvements précis et fluides. Bien que le Gala ne soit pas une conférence technologique, il reste toujours un thermomètre de l’humeur sociale. Lorsque les robots passent d’objets curieux sur scène à des acteurs de spectacle, cela signifie qu’ils sortent du laboratoire pour entrer dans l’industrie, du simple divertissement à une échelle plus large.
Les questions deviennent alors concrètes : où ces robots entreront-ils en premier ? Qui seront-ils amenés à remplacer ? Qui en tirera profit en premier ? Qui sera éliminé ? En 2026, le véritable tournant pour les robots intelligents incarnés pourrait déjà approcher. J’ai tenté de condenser les changements clés possibles en dix prévisions. Il ne s’agit pas d’une liste de visions, mais d’une évaluation de ce qui pourrait se produire en premier et de quels segments pourraient rapidement générer de la valeur.
1. D’abord travailler de nuit, puis entrer dans les foyers
En 2026, ce ne seront pas les foyers qui verront en premier la croissance des robots, mais les entreprises. Les premiers à être remplacés ne seront pas les employés de jour, mais ceux de nuit. Les postes de nuit font face à trois problèmes structurels : des coûts de main-d’œuvre nettement plus élevés que le jour, une difficulté à recruter et un taux de rotation élevé, ainsi qu’une faible exigence en compétences sociales et compréhension de situations complexes. La manipulation de caisses en entrepôt, la gestion des colis, l’inspection en industrie, la livraison de linge ou la surveillance dans les hôtels constitueront les scénarios d’implantation les plus denses en 2026. Sur ces postes, tant que le robot ne cause pas d’accident, ne tombe pas en panne, et peut tenir toute la nuit, il aura une raison d’être acheté.
Le manque de personnel pour le travail de nuit est une problématique structurelle : vieillissement démographique, pénurie de main-d’œuvre dans les services, désintérêt des jeunes pour le travail de nuit, ce qui ne pourra pas être résolu en un ou deux ans. Pour l’industrie et l’investissement, en 2026, il ne faut pas se concentrer sur le « taux de pénétration dans les foyers », mais sur deux indicateurs : le taux de substitution de nuit et le nombre d’heures de fonctionnement stable par robot dans un environnement réel. Ces deux chiffres sont les véritables signaux de la progression vers une échelle plus large. En résumé : cette année, on remplace d’abord les humains pour la nuit, puis ce sera au tour des tâches ménagères.
2. Les succès ne ressemblent pas à des humains, mais à des outils
La plus grande erreur dans le domaine de l’intelligence incarnée est de considérer la compétition comme une « course à l’humanoïde », où celui qui ressemble le plus à un humain serait le plus avancé. En 2026, la véritable différence ne sera pas dans la ressemblance des mouvements, mais dans la capacité à effectuer de manière fiable, dans un environnement réel, les tâches physiques les plus monotones et répétitives sur le long terme.
Transporter des caisses, déplacer des objets, ranger, prendre et déposer, trier, ouvrir et fermer des portes, inspecter des points fixes : ces actions, simples en apparence, occupent une grande partie du travail quotidien en première ligne. Dans ces scénarios, le robot n’a pas besoin d’une liberté d’action impressionnante ni d’une expression émotionnelle complexe, il doit simplement ne pas tomber en panne lors d’une utilisation intensive. Pour les clients industriels, couvrir 80 % des scénarios de manière stable est bien plus précieux qu’une démonstration de 100 % de capacités.
Les divergences apparaissent ici : beaucoup d’équipes investissent encore dans des démonstrations de mouvements à haute liberté ou de comportements complexes, mais ce que les clients veulent réellement, c’est une production stable plutôt qu’un exploit technique. En 2026, cette différence de priorités se reflétera directement dans les produits : les indicateurs clés ne seront plus « quelles actions peut faire le robot », mais la durée de fonctionnement continue, l’intervalle entre pannes, le taux de chute et la fréquence d’intervention humaine. Pour juger si l’intelligence incarnée approche de l’échelle, il ne faut plus regarder des vidéos de démonstration, mais observer si le robot peut fonctionner en continu sur une ligne de production ou sur site, sans devenir une nouvelle source d’instabilité. Les spectateurs s’intéressent à « ce qu’il peut faire », mais ceux qui paient veulent surtout savoir « s’il peut fonctionner longtemps sans causer de problèmes ». En résumé : plus il ressemble à un outil, plus il se rapproche du business.
3. La puissance se juge à la démonstration, la valeur à la gestion des erreurs
Les grands modèles vont se démocratiser, et la différence d’intelligence va se réduire. La véritable capacité d’une entreprise de robots à sortir du stade pilote et à entrer dans une utilisation à grande échelle ne dépend pas de sa performance en conditions idéales, mais de sa capacité à gérer les problèmes fréquents dans le monde réel. Chaque jour, le monde pose des défis : échec de la préhension, chute d’objets, passage bloqué, outils coincés, ou même une personne qui s’approche soudainement. Si ces situations ne sont pas bien gérées, ce n’est pas une mauvaise expérience, mais un risque pour la sécurité. Ceux qui peuvent anticiper ces erreurs courantes dans leur conception, et transformer la gestion des incidents en une procédure stable, seront plus facilement intégrés dans la production. À l’inverse, si chaque problème nécessite une intervention humaine en permanence, ils resteront au stade pilote.
Ce seuil commence déjà à apparaître. De plus en plus, les solutions proposées mettent en avant non seulement la réussite des mouvements, mais aussi la gestion des anomalies, la prise en charge à distance, et la possibilité de revoir les incidents en replay, tout en intégrant la sécurité dans les clauses contractuelles. Pour les clients, la fiabilité d’un robot dépend de sa capacité à maîtriser ses échecs. La question pour évaluer la maturité commerciale d’une entreprise devient donc : en cas de problème sur site, peut-elle immédiatement contenir le risque, éviter les blessures et les dégâts, tout en enregistrant clairement la cause et la solution ? Les entreprises capables de faire cela seront plus proches d’un flux de trésorerie stable. En résumé : savoir faire le travail ne suffit pas, il faut aussi que l’échec ne cause pas de dégâts.
4. Pour livrer, il faut d’abord apprendre à simplifier
Beaucoup pensent qu’en 2026, les robots intelligents incarnés deviendront de plus en plus « complets ». Je pense au contraire que les produits réellement livrables et reproductibles seront volontairement simplifiés. Plus ils ont de fonctionnalités, plus le système devient lourd, avec plus de points de défaillance. Plus c’est complexe, plus il est difficile à vérifier, à maintenir, et à produire en série. En 2026, on verra probablement émerger quelques modèles à haute réutilisabilité : spécialisés dans le transport, la surveillance, la livraison, ou la collaboration à poste fixe, en se concentrant sur une ou deux tâches, plutôt que d’essayer de tout faire.
Ce désengagement fonctionnel n’est pas une régression technologique, mais une étape nécessaire à la maturité de l’ingénierie. La production à grande échelle ne récompense pas la sophistication, mais la fiabilité : réaliser des actions clés avec un taux de panne très faible, assurer une performance constante en usage intensif, et rassurer le personnel sur leur rôle d’outil plutôt que de machine de démonstration. Lorsqu’un produit atteint cette étape, l’imagination cède la place à la stabilité et à la reproductibilité.
En 2026, la communication des fabricants pourrait passer de « combien de tâches je peux faire » à « combien de temps je peux fonctionner sans problème sur ces tâches ». Pour l’industrie et l’investissement, cela envoie un signal clair : après convergence des modèles, les véritables bénéficiaires seront ceux qui produisent des composants et des systèmes de contrôle hautement standardisés, plutôt que des machines aux fonctionnalités extravagantes. En résumé : la voie vers l’échelle passe par la simplification.
5. Ceux qui gagnent d’abord ne sont pas forcément les machines, mais les composants clés
Si vous ne regardez que « qui deviendra la pomme de l’industrie robotique », vous risquez de manquer les gains les plus certains en 2026. La raison est simple : les fabricants de machines seront soumis à une compétition d’élimination, avec des commandes fluctuantes. En revanche, les composants clés seront utilisés dans toutes les machines, et leur demande sera continue, indépendamment du modèle. Considérer le robot comme une combinaison d’« os, muscles, nerfs, cœur » : les articulations, moteurs, capteurs, gestion de l’alimentation, ces « organes internes » auront une demande durable, bien avant la coque extérieure.
Les actionneurs (servo-moteurs + réduction + driver), les roulements et matériaux à haute cohérence, les capteurs tactiles et de force, les systèmes de gestion de batteries (BMS) : en 2026, ces segments seront en tension en raison d’une capacité limitée. Pour un investisseur lambda, cela signifie une évidence : plutôt que de miser sur un robot star, il vaut mieux suivre ces composants indispensables à tous. En résumé : ceux qui vendent des pelles ont souvent déjà leur profit.
6. Ce que l’on vend, ce n’est pas une machine, mais un contrat long terme « matériel + abonnement + service »
En 2026, vendre un robot ressemblera de plus en plus à vendre un smartphone : la livraison n’est que le début, le vrai coût se profile derrière. L’acheteur ne veut pas simplement posséder un robot, mais qu’il fonctionne durablement et en toute stabilité sur le terrain. Par conséquent, les modèles de partenariat seront plus nombreux : paiement initial pour le matériel, abonnement annuel pour le logiciel, paiement pour la maintenance. En substance, il s’agit d’acheter un outil de production à long terme, plutôt qu’un gadget ponctuel.
Ce modèle a déjà été expérimenté : acheter un équipement d’automatisation n’est pas difficile, mais souvent il reste inutilisé, cassé, ou non réparé, faute de suivi. Si un robot signale des alertes toutes les trois jours, ou nécessite la présence d’un ingénieur en permanence, les coûts de maintenance finiront par dépasser l’économie réalisée. La décision d’acheter à nouveau dépendra moins de la démonstration initiale que de sa capacité à continuer à travailler plusieurs mois, et à se remettre rapidement d’un problème. Lors du Gala, un robot peut faire une pirouette puis quitter la scène, mais une entreprise veut un robot qui fonctionne tous les jours, durablement.
Les enjeux de la concurrence changent aussi : de plus en plus d’entreprises seront capables de fabriquer des robots, mais celles qui pourront les faire fonctionner longtemps, les maintenir, et les réparer rapidement seront rares. En résumé : la livraison n’est que le premier jour, la vraie réussite, c’est qu’il tourne un an.
7. La véritable force n’est pas la faiblesse du prix, mais la rapidité d’adaptation et la stabilité
Beaucoup pensent encore qu’en 2026, l’avantage principal viendra du coût. Mais la vraie clé sera la vitesse d’ingénierie : la capacité à modifier rapidement en petite série, à détecter et corriger les problèmes sur site, et à transformer des structures complexes en processus de fabrication standard. Cette capacité déterminera qui pourra passer du pilote à la reproduction. Un robot n’est pas conçu dans une salle de réunion, il se forge sur le terrain : chaque erreur, chaque chute, chaque mauvaise préhension est une étape vers la prochaine amélioration.
En 2026, la compétition sera plus dure et plus réaliste : ce n’est pas la qualité de la conception qui fera la différence, mais la capacité à corriger un problème en trois mois, à simplifier l’assemblage, à rendre la maintenance facile. Les équipes capables de faire cela avanceront plus vite vers la livraison, et entreront plus tôt dans une zone reproductible. En résumé : la victoire ne se joue pas lors du lancement, mais sur le chantier et en atelier.
8. Une seule machine, c’est un prototype ; plusieurs, c’est une force de production
Le véritable tournant en 2026 ne sera pas une machine plus intelligente, mais la capacité de plusieurs robots à travailler ensemble. Un seul robot, même très performant, n’est qu’une démonstration. Ce qui compte, c’est qu’un groupe de robots puisse se répartir les tâches, éviter les collisions, se relayer, et se compléter. La scène du « WuBOT » lors du Gala est plus impressionnante parce qu’elle montre une équipe de robots collaborant, plutôt qu’un seul robot en solo.
Cela déplace le centre de la compétition : de la technique mécanique et des mouvements spectaculaires, vers la planification des tâches, l’évitement de trajectoires, la gestion des échanges, et l’adaptation à l’espace. Ce que les entreprises veulent vraiment, ce n’est pas un robot universel, mais une « équipe de robots » capable de fonctionner de manière stable dans un entrepôt, une usine ou un service hôtelier. Qui transporte, qui fournit, qui inspecte, comment gérer les heures supplémentaires, la recharge, et la réparation en cas de panne. En 2026, on passera d’acheter une machine pour tester à acheter une flotte pour faire tourner, car seul un fonctionnement en série permet d’évaluer la vraie efficacité. En résumé : un seul robot, c’est un produit ; plusieurs, c’est un système.
9. L’écosystème ne commencera pas par une boutique, mais par des solutions sectorielles
Une « boutique d’applications pour robots » finira par apparaître, mais en 2026, elle ne prendra pas la forme d’un magasin ouvert comme pour les smartphones. Ce sera plutôt des « packs sectoriels » : un pour les entrepôts, un pour la logistique hôtelière, un pour les postes en usine, un pour la logistique hospitalière. Car les entreprises veulent des solutions contrôlables, livrables, réutilisables, et non des machines à installer partout sans contrôle.
Cela explique aussi pourquoi la compétition en 2026 ne se limite pas au hardware : même avec la même machine, le vrai défi est de l’intégrer dans un processus. Ceux qui sauront faire des solutions packagées auront plus tôt des clients récurrents. L’écosystème tiers se développera surtout sous forme d’intégrateurs et de fournisseurs de services sectoriels. En résumé : faire du secteur un modèle, c’est la clé pour faire fleurir l’écosystème.
10. La barrière à l’échelle n’est pas la technologie, mais la responsabilité et l’assurance
Lorsque les robots intelligents incarnés entrent réellement dans les lieux de travail, le problème le plus difficile ne sera pas « s’ils peuvent faire des mouvements », mais « qui sera responsable en cas d’incident ». Blessures, dommages, erreurs, arrêts, fuite de données : ces risques, une fois intégrés dans la décision des entreprises, déplacent le secteur du « course technologique » vers le « domaine de la gouvernance ». En 2026, la clé pour une échelle réussie ne sera pas seulement la capacité du produit, mais aussi : existe-t-il des normes sectorielles, comment sont réparties les responsabilités, et l’assurance couvre-t-elle ces risques ?
Cela peut sembler peu glamour, mais cela détermine si un robot peut passer du pilote à une déploiement massif. Les entreprises doivent pouvoir lâcher prise, et pour que les robots deviennent une infrastructure quasi fondamentale, il faut qu’ils soient « explicables, assurables, et supportables ». En résumé : la technologie ouvre la porte, la responsabilité et l’assurance permettent d’y entrer.
Conclusion : du spectacle à la réalité, le tournant de 2026
En regroupant ces dix prévisions, on voit que la tendance principale en 2026 n’est pas romantique : ce n’est pas une généralisation soudaine des robots domestiques, ni une capacité instantanée à tout faire. C’est une transition du pilote à la reproduction, de la vidéo à l’horloge de travail, du spectacle à la responsabilité. La véritable étape clé pour l’intelligence incarnée est celle qui passe de « l’apparence de puissance » à « la valeur d’usage ». Pour l’industrie et l’investissement, le chemin devient plus clair : se concentrer d’abord sur les signaux de croissance dans les scénarios de nuit, miser sur des équipes capables de transformer l’échec en modèle, et se focaliser sur les composants clés et la maintenance. Le vrai tournant ne sera pas la capacité du robot à faire des flips, mais sa capacité à tenir la nuit, à faire le travail lourd, à gérer les erreurs, à livrer en série, et à assumer la responsabilité. Quand tout cela sera en place, l’intelligence incarnée ne sera plus un simple spectacle de gala ou une mode technologique, mais une nouvelle ressource productive pour l’économie réelle.
(Author : Hu Yi, spécialiste des données, auteur de « L’avenir est prometteur : accompagner l’intelligence artificielle »)